8,5/10
Fa yeung nin wa de Wong Kar Wai - 2000
Wong Kar Wai a clairement été un réalisateur que j'ai détesté pendant des années, voir des décennies et puis j'ai voulu retenter (comme je le fais souvent par masochisme) et si je suis loin de tout aimer, j'y ai vu des qualités qui me passaient dessus avant, ça s'appelle vieillir surement.
Même si Wong Kar Wai a fait des polars et des films de sabre, ce qui a toujours été au coeur de sa filmo est le questionnement sur le couple, la rencontre, la fusion et souvent la rupture, tout ça fait dans un style unique et inimitable où les atermoiements des personnages prend des allures d'errances graphiques et musicales (c'est clairement difficile de trouver un film plus beau que In The Mood For Love).
Sur le papier on est sur quelque de chose de limite pas écrit (pas étonnant avec Wong Kar Wai) et quelque chose vu et revu, et on peut pas dire qu'il se passe grand chose à l'écran, en synthétisant on pourrait dire que c'est des personnages qui passent tout le film à se croiser, à se frôler, à se chercher et qui finiront donc par se perdre, et c'est vraiment le genre de film qu'on peut prendre en grippe (chose que j'avais fait lors de la découverte du métrage à sa sortie). Mais là c'est un film que je trouve tellement sublime, on suit des parades silencieuses d'un couple illégitime qui s'observe dans une grâce totale et qui se refuse à céder à cette tentation qui les entoure, il y a un coté noble et digne qui se dégage de tout ça mais aussi tellement triste quand tout ça se termine. On est donc très loin de la fresque romanesque avec un amour qui éclate à l'écran, non ici on est plus sur un récit poétique avec 2 êtres perdus qui regardent leurs couples respectifs se détruire et qui vont trouver un échappatoire à leur morne quotidien en étant obligé de se cacher car les moeurs de l'époque. Et j'aime les voir entre la culpabilité et l'envie de se sentir aimer, mais succomber ce serait faire ce qu'on leur a fait mais la pureté de leurs sentiments les pardonne complètement à nos yeux.
C'est un film qui nous explique rien, qui nous montre rien, alors on peut supposer mais au final on a aucune certitude sur ce qu'on peut penser et c'est ce qui fait la force du film, ne rien montrer et nous laisser faire. On voit les prémisses du premier désir et les balbutiements d'un amour fort mais tout ça est dans un équilibre plus que précaire.
Alors même si j'aimais pas les films du mec je pouvais pas nier son savoir faire et là il est un peu à l'apogée de son style, cette façon de filmer Maggie Cheung (et ses 72 robes) qui marche avec classe dans les rues étroites (a t'elle déjà été aussi belle dans un film, elle fait passer tellement de choses avec son regard), nocturnes (et parfois pluvieuses) de Hong Kong est ultime et il arrive à dégager un certain érotisme alors que clairement il se passe rien à part des mains qui se frôlent, une fumée de cigarette (fumer a rarement été aussi classe dans un film, Tony Leung a rarement été aussi classe et pourtant de base il est classe il bouffe tellement l'écran ici) le tout filmer avec des ralentis (la magie de ces séquences), des travellings, la photo de Doyle et la musique lancinante, envoutante et mélancolique de Shigeru Umebayashi (et son omniprésence qui pourrait être un défaut donne ici un coté qui nous berce), le tout dans un écrin magnifique où tout est somptueux et dégage une finesse rare. Ca donne un film qui saisit les émotions de façon abstraite dans des moments un peu hors du temps, on voit ce qu'il veut montrer, on voit la subtilité de tout ça et c'est fait avec une telle pudeur que le moindre petit truc insignifiant peut devenir réellement puissant à l'écran.
Un film où chaque plan est une véritable peinture, ou chaque mouvement de caméra est tout simplement classe, chaque regard et mouvement est suspendu dans le temps
Un film à l'élégance inégalée.



