[Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

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[Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Jeu 01 Jan 2026, 09:46

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Janvier :
1- C'est dur d'être un homme : Quelle salade ! (1988) 8/10
2- Kigeki Ippatsu dai hisshou (1969) 6/10
3- Harakiri (1962) 9/10
4- The Cats of Gokogu Shrine (2024) 6/10
5- C'est dur d'être un homme : Détour à Vienne (1989) 5/10
6 - 100 Meters (2025) : 6/10
7 - Kazoku - Where Spring Comes Late (1970) 9/10
8 - The Zen Diary (2022) : 5/10
9 - Mio on the Shore (2019) : 7/10
10 - Baby Assassins 3 : Nice Days (2024) 6,5/10
11 - Peach Baby Oil (court-métrage, 1995)
12 - Les Mouchoirs jaunes du bonheur (1977) : 8,5/10
13 - C'est dur d'être un homme : Mon Oncle (1989) 7,5/10
14 - Wonderful Paradise (2020) : 5,5/10
15 - Vincent, François, Paul et les autres (1974) : 4/10
16 - Memento of the forest (2018)
17 - Two Wives (1967) : 5/10
18 - A Distant Cry From Spring (1980) : 8,5/10
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C'est dur d'être un homme : Quelle salade ! - 8/10

Messagepar Olrik » Jeu 01 Jan 2026, 15:14

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Tora-san 40
Tora-san's Salad-Day Memorial
Yôji Yamada - 1988


Après les agapes du réveillon, après une promenade matinale revigorante à -4°C, après avoir dégusté les traditionnels mochis du jour de l’an, rien de mieux que de visionner un Tora-san pour bien commencer l’année, d’autant que l’opus 40 reste du niveau des deux précédents.

La madone du film, Machiko (Yoshiko Mita), est une belle doctoresse qui a perdu son mari lors d’un accident de montagne. Elle et sa nièce Yuki (Hiroko Mita) font la connaissance de Tora et se retrouveront un peu plus tard à Tokyo. Comme Sakura et Hiroshi sont inquiets quant aux hésitations de Mitsuo pour entrer ou non à l’université, Tora décide de se rendre à Waseda afin de voir par lui-même si le lieu est digne de son neveu, mais surtout pour retrouver Yuki dont il sait qu’elle y étudie la littérature. Evidemment, ces retrouvailles permettront peut-être de revoir sa bijin de tante…

J’ai lu récemment dans le livre de Claude Leblanc qu’un illustre critique américain avait estimé que voir un film de Tora-san, c’était finalement tous les voir d’un coup. C’est sans doute le premier réflexe que l’on peut avoir face à une formule qui a été déclinée durant cinquante épisodes. Mais une nouvelle fois, l’intérêt, outre de retrouver et de voir vieillir des personnages, est aussi d’assister à une ingéniosité scénaristique qui permet de renouveler, même un petit peu, la formule, et de capter l’ère du temps, voire de faire preuve d’une certaine profondeur. Ainsi la vieille femme du film que rencontre Tora au début, symbole du vieillissement de la population dans les zones rurales et permettant un questionnement sur le meilleur moyen d’accompagner en fin de vie des vieillards pour qui passer leurs dernières semaines dans une chambres d’hôpital n’a rien d’évident, et encore moins d’humain. Et le regard que la vénérable jette sur sa vieille masure, alors que la doctoresse l’emmène à l’hôpital dans sa voiture, est bouleversant.

Mais pertiente aussi est cette « salade » du titre (et fort stupidement traduite par le titre français : Quelle salade !). L’année précédente, la poétesse Machi Tawara publiait Sarada Kinenbi (L’Anniversaire de la salade), recueil de tankas s’écoulant à 2,8 millions d’exemplaires. Comme elle a fait ses études à Waseda, autant dire que le personnage de Yuki, qui étudie elle aussi dans cette université et qui se pique d’écrire d’excellents tankas sur son quotidien (notamment sur sa vie sentimentale), est un double fictionnel de Tawara. Yamada a su observer un fait culturel et en faire son miel pour donner un charme particulier à son histoire, avec notamment ces incrustations de vers à l’écran pour illustrer certains détails de l’histoire. Charmant et amusant, surtout quand Tora se fend lui aussi de tankas drôlatiques ou, alors qu’il est à la recherche de la jeune poétesse en herbe, se tape l’incruste dans un amphi bondé où le professeur fait un cours sur la révolution industrielle. On a alors dix minutes de Tora-san show absolument irrésistibles.
Sinon tous les personnages commencent à prendre un coup de vieux. À chaque fois que je vois Ryû Chishu je me dis que c’est sûrement la dernière fois que je le vois. Hiroshi devient plus rond, Tako plus mince, et Sakura commence à faire son âge (Baisho a alors 49 ans et ce ne devait pas être le genre d’actrice à rehausser artificiellement sa beauté). De même Tora-san, même s’il est touchant de le voir toujours au contact de la jeunesse (que ce soit Mitsuo, Yuki ou la horde d’étudiants qu’il fait hurler de rire dans l’amphi par ses facéties), moyen de conserver une part d’éternité.

Gozensama ne s’y trompe pas d’ailleurs. Pour la deuxième fois consécutive, Yamada lui fait dire des propos très valorisants à son sujet (lui qui autrefois le gourmandait sur ses défauts) : « Rencontrer des personnes généreuses comme Tora est très rafraîchissant. J’espère qu’il ne changera jamais. »
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Kigeki ippatsu dai hisshou - 6/10

Messagepar Olrik » Ven 02 Jan 2026, 11:56

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Kigeki Ippatsu dai Hisshou
Yôji Yamada - 1969


Dernier volet de la trilogie « ippatsu » associant Chieko Baisho et Hana Hajime, et dernier film de la période pré-Tora-san. Toutes les pièces du puzzle sont-elles en place pour amorcer une saga (qu’à l’époque, rappelons-le, personne n’osait qualifier de telle tant on pensait que ça ne dépasserait pas une poignée d’épisodes) dans laquelle on trouvera ce dosage miraculeux entre burlesque, sentiments et profondeur ? Pas encore car avant le premier épisode, il y aura la série TV, à la fin de laquelle Torajirô mourra, mordu par un serpent. Détail que le premier opus jettera bien sûr aux oubliettes pour ressusciter le personnage dans une opération de reboot.

Sentiments et profondeur, on ne retrouvera certes pas tout cela dans Kigeki Ippatsui dai Ishhô qui met l’accent avant tout sur la comédie. Chose amusante, le personnage incarné par Hajime Hana se nomme… Torazô. Ça chauffe dans l’esprit de Yamada, Tora-san n’est vraiment plus très loin. On se gardera cependant bien de voir en Torazô un cousin de Tora-san. Si les deux ont ce côté chien dans un jeu de quilles ainsi qu’une certaine rudesse de caractère, le curseur de la brutalité est chez le premier bien plus poussé. Et si Tora-san a en lui ce côté humain et sympathique qui fait qu’il peut se fondre avec aisance dans n’importe quelle communauté (et être même parfois quasi idôlatré), rien de tel chez Torazô qui révoltent les habitants du village qu’il importune par ses caprices et ses menaces. D’une certaine manière, on peut le voir comme un anti-Tora-san.

Face à lui, une jeune et belle contrôleuse de bus, Tsuruyo (Chieko Baisho bien sûr), dont est amoureux Samon, un modeste employé d’une société d’assurance arborant une mine ronde et une coupe de cheveux qui annonce Hiroshi (qui sera tout de même un mieux de sa personne). Pour lui, Tsuruyo est un peu sa madone et on ne sera pas surpris à la fin de voir sa demande en mariage rejetée, scène de chagrin pour lui qui sera suivie d’une scène de retrouvailles burlesque avec Torazô, annonçant là aussi de manière esquissée les dernières scènes traditionnelles de Tora-san.

Autre petit plaisir : celui de retrouver Satô Gajirô (il était apparu dans le film précédent), l’acteur qui jouera Gen dans Tora-san.

Un film en priorité évidemment pour les complétistes de Yamada. Pour les néophytes, la comédie se laisse cependant agréablement regarder, ne serait-ce que pour voir Baisho dans son costume de contrôleuse.
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Harakiri - 9/10

Messagepar Olrik » Sam 03 Jan 2026, 10:16

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Harakiri
Masaki Kobayashi - 1962


En revoyant Harakiri, je me suis rappelé certains passages de Musashi, le roman d’Eiji Yoshikawa, notamment celui où Miyamoto tue impitoyablement plusieurs dizaines d’adversaires du clan Yoshioka. Pour eux, ce ne devait être qu’une formalité. Pensez, à plus de cinquante contre un seul adversaire ! Pas de chance, Musashi arrive bien avant eux pour observer le lieu choisi et opter pour une stratégie martiale de bête traquée qui décide de se rebiffer. Ce qui m’avait frappé, c’étaient les insultes des hommes de Yoshioka, traitant Musashi de « lâche », d’« épéiste sans honneur ». Voilà des mecs qui trouvent normal de venir à une confrontation à cinquante (peut-être même plus, je ne me souviens plus du nombre) contre un et qui, voyant que ce « un » décide de vendre chèrement sa peau en choisissant une stratégie façon John Rambo qu’ils ne maîtrisent pas, décident d’inverser les valeurs, d’inverser les concepts de courage et de lâcheté !

Cette manière de lever le voile pour observer la pourriture au sein du bushidô, d’un monde de samouraïs obsédé par les apparences de vertu plutôt que par la recherche de vertu, Kobayashi entreprend de faire de même avec son personnage de Tsugumo qui, comme Musashi, est une sorte de miroir critique de ce monde féodal. Comme lui, son existence va susciter la haine et va sembler tellement insupportable qu’elle justifiera une violence collective déguisée en honneur (il y a la scène finale mais aussi une autre scène avant où l’intendant donne l’ordre à ses hommes de tuer Tsugumo).

Après, le but et les armes des deux ronins seront différentes. Musashi est dans le pragmatisme stratégique et guerrier dans le but de survivre. Lui, rien à battre de leur conception de l’honneur, ce qu’il veut, c’est imposer sa voie du sabre, et survivre. Pour Tsugumo, c’est différent. Il utilise le rituel du seppuku et le langage de l’honneur afin d’en démontrer son imposture. Il ne s’agira pas de survivre, mais pour ainsi dire de cracher sur cette falsification du bushidô qu’ils incarnent et, plus prosaïquement, de repousser au maximum le moment du suicide en tuant le plus grand nombre d’adversaires. Avant ce climax, il ne faut pas oublier non plus le geste symbolique du coupage du chonmage, le petit chignon symbole de l’appartenance d’un homme au rang de samouraï. En vainquant les trois hommes responsables de l’horrible harakiri de son beau-fils, il les laisse en vie mais leur prend leur chonmage, manière de leur dire : « Votre honneur est vide, je vous le prends. » Succinct, mais efficace. Un bon préambule avant de se livrer au rituel du seppuku et d’utiliser l’arme du langage pour, de flashback en flashback, démontrer, de sous-entendus en remarques teintées d’ironie, le déshonneur du clan.

Et là, on touche à la maestria de cette mise en scène qui, deux heures durant, donne au film une aura de funeste tragédie, avec la voix d’outre-tombe de Nakadai qui emplit l’espace, les gros plans donnant un effet Leone avant la lettre, le jeu sur les formes géométriques, les discrets travellings contribuant à spectaculariser un seppuku qui normalement devrait être bref, mais qui dans ce cas précis s’étend de longues minutes et plonge le spectateur dans un huis clos statique où la parole constituera un long prélude au déchaînement des armes. Le massacre aura beaucoup moins d’ampleur que celui causé par Musashi. Il n’empêche, par sa stylisation, les postures théâtrales de Tsugumo, il touche lui aussi à la grandeur et conclut de sublime manière ce film tout de hiératisme.
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Cats of Gokogu Shrine (The) - 6/10

Messagepar Olrik » Dim 04 Jan 2026, 10:07

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The Cats of Gokogu Shrine
Kazuhiro Soda - 2024


Pas exactement un film kawai, comme je pouvais le craindre durant les premières minutes où l’on voit plein de minous s’ébattre dans les ruelles d’une petite ville rurale. Dans un certain sketch, les Nuls l'avaient affirmé : « les chats, c'est vraiment des branleurs. » Dans ce docu de Kazuhiro Soda (celui qui avait réalisé l’excellent Campaign), ce serait plutôt : « Les chats, c'est vraiment des chieurs » (au sens propre). Car c'est bien sympathique d'avoir une communauté de félins autour d'un temple pour faire venir les touristes (qui ne sont pas non plus bien nombreux mais qui ont la fâcheuse habitude de nourrir les bestioles avec force croquettes, suscitant évidemment des envies défécatoires dans les jardins des voisins), mais enfin, quid de leurs merdes ?!

C'est tout le dilemme des habitants alentours. Procéder à des opérations de stérilisation massive peut permettre d'envisager de voir leur nombre diminuer. Mais c'est sans compter sur certains fâcheux qui se disent qu'après tout, l'endroit est fait pour se débarrasser de leurs propres chats. Le cycle semble sans fin pour les habitants d'Ushimado. Utiliser les chats comme un atout touristique, OK. Mais comme l’affirme un touriste de passage (qui a d’ailleurs sur lui un sac rempli de croquettes à distribuer), peut-être mieux vaudrait faire en sorte que le temple ne soit pas trop connu.

Le documentaire est intéressant quoiqu'un peu longuet. S'ajoute aussi le fait que la retenue toute japonaise empêche certains de se livrer pleinement devant la caméra. M’est avis que sans les caméras, les oreilles de chats doivent méchamment siffler. Petite exception cependant lors d’un conseil municipal où l’un des participants met un peu plus les pieds dans le plat.
Du coup j'ai trouvé que ça manquait un peu de mordant. Peut-être que balancer un ou deux chiens aux abord du temple aurait permis de pimenter un peu la situation... ou sinon, on conseillera aux habitants d’Ushimado de suivre le conseil du bon docteur Jacoby :

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Baby Assassins : Nice days - 6,5/10

Messagepar Olrik » Ven 09 Jan 2026, 18:38

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Baby Assassins 3 : Nice Days
Yugo Sakamoto - 2024


Pas très malin de commencer une trilogie par son dernier volet, mais bon, comme l’histoire se passait à Miyazaki et dans ses environs, j’avais envie de me faire plaisir en essayent de reconnaître des lieux maintes fois arpentés. Sympathique mais un peu décevant (Aoshima, la mairie de Miyazaki, un bout de centre-ville, la Phoenix Seagaia Tower, et c’est tout). Ne restait plus qu’à se concentrer sur cette histoire de guilde de voleurs bien entendu très inspirée de John Wick et, franchement, j’ai trouvé le travail efficace et plaisant.

Efficace car les scènes d’actions, là aussi venues tout droit de John Wick (Gun fu, jiu-jitsu brésilien…), n’ont pas grand-chose à envier au modèle américain. Sans doute moins paroxystiques, moins blindées de fric en termes de scénographie, mais très bien chorégraphiées et montées. Bien dosées aussi car le film fait la part belle aux dialogues. Si dans John Wick on se trouvait à un perso quasi aphasique, rien de tel avec Chisato et Mahiro, les deux « baby assassins » (bon, dans ce dernier volet elle ont vingt ans), spécimens de la Gen-Z à la fois kawai et irritants. Associées à d’autres assassins pour une mission (dont on se fout complètement), elles doivent jouter verbalement avec Manami (sympa de voir Atsuko Maeda), cheftaine tueuse de sept ans leur aînée et qui n’hésite pas à les considérer comme un consternant menu fretin, suscitant la morgue courroucée de Mahiro.

Rien à voir donc avec l’esprit de sérieux de JW (même si on y trouve çà et là des choses cocasses), et c’est tout naturellement que le film se terminera dans un resto de sukiyaki, avec bonnes grosses chopes de bière et fines tranches de bœuf… le fameux bœuf de Miyazaki, of course.

Je regarderai probablement les deux premiers épisodes.
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Mouchoirs jaunes du bonheur (Les) - 8,5/10

Messagepar Olrik » Sam 10 Jan 2026, 11:03

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Les Mouchoirs jaunes du bonheur
Yôji Yamada - 1977


Premier film de Yamada que j’ai vu, il y a dix-sept ans précisément. Je l’ai revu hier après avoir un peu complété entretemps la filmographie de Yamada (60 films vus sur 91), et je dois dire que le deuxième voyage a été tout aussi rafraîchissant que le premier.
Les années 70 auront été pour Yamada quasi exclusivement torasaniennes. Sur vingt-quatre films réalisés, vingt seront consacrés à sa saga (presque la moitié sur son ensemble !). Autant dire qu’elle n’a laissé que des miettes pour d’autres projets, mais attention, quelles miettes ! Quatre films, quatre chefs-d’œuvre. Et le dernier de la liste, Shiawase no kiiroi hankachi, écrase tout. Faisant écho à Where Springs Come Late en ce qu’il se présente lui aussi un road movie, il est beaucoup moins sombre en ce qu’il utilise le cadre d’Hokkaido dès le début film, alors que Where Spring s’embourbait d’abord dans un Japon moderne et industriel, avant de soulager ses personnages de leur désespoir en leur permettant enfin, d’arriver dans le cadre à la fois rude et idyllique du nord du Japon.
Ainsi, il ne faut pas un quart d’heure à Yamada dans Les Mouchoirs jaunes pour réunir Yusaku, prisonnier fraîchement sorti de prison (joué par Ken Takakura), Kinya, jeune homme tenant du zébulon maladroit (Tetsuya Takeda) et Akemi, jeune femme cherchant à oublier un chagrin d’amour (Kaori Momoi) dans une petite Mazda Familial circulant à travers les paysages sauvages d’Hokkaido. Et dès instant, le spectateur a chaud au cœur. Il se trouve bien, lui aussi, dans cette bagnole rouge parmi cet improbable trio, au milieu d’un décor vert truffé de bicoques en bois faisant comprendre la rudesse que peuvent mener certaines personnes à Hokkaido.
Pourtant, il y a des affres, des dissensions, des défis à relever pour ces trois personnages. Si Kinya est drôlatique, il fait moins sourire dans sa manière de faire la cour à Akemi. Si celle-ci semble apprécier le caractère joyeux de Kinya, son côté mâle dominant prêt à user du viol pour assouvir ses passions la refroidit et l’incite à prendre le train plutôt que de continuer à l’accompagner dans sa Mazda. Yusaku, rencontré par hasard et qui s’est vu proposé de l’accompagner, permettra, par sa présence calme et austère, de maintenir le liant qu’il y a au sein de cet improbable trio. Et si l’on a en tête Tora-san (chose que je n’avais pas en tête quand j’ai vu ce film la première fois), il y a dans sa relation à Kinya un peu du mentor qui va lui donner des leçons en amour (la scène où il le gourmande dans une chambre d’hôtel). Sa comparaison des femmes à des fleurs fragiles qu’il faut manipuler avec précaution, ou encore sa consternation au fait de savoir que Kinya vient de Kyushu et qu’il ne se conduit certes pas comme un homme de Kyushu (apparemment les hommes de là-bas ont la réputation d’être droits, carrés) ont tout pour rappeler Tora-san. D’ailleurs, en parlant du loup, Kiyoshi Atsumi apparaît dans le rôle d’un officier de police. D’ailleurs à un moment clé puisque ce sera l’instant qui permettra de révéler à Akemi et Kinya qui est cet homme et ce qu’il a fait pour avoir connu la prison (un meurtre). De quoi les faire fuir, mais ils attendront de le voir sortir du poste de police (un malheureux contrôle routier a valu à Yukasu cette mésaventure) pour continuer ensemble leur route. A cet instant, je me suis dit : « C’est ça, l’effet Tora-san ! Ils l’ont vu en compagnie de ce flic amical joué par Atsumi, automatiquement ils ont dû se dire que ce n’est pas le mauvais bougre. »
La suite sera un long récit entrepris par Yusaku dans la Mazda, autant pour apaiser d’éventuelles craintes chez les deux jeunes, que pour vider son sac, y voir plus clair dans la décision qu’il va devoir prendre très vite : voir la femme (Chieko Baisho) qu’il a forcée à accepter le divorce au début de son incarcération (pour lui, elle était encore jeune et belle, il était inutile qu’elle souffre inutilement à l’attendre), afin de vérifier si, malgré tout, elle serait prête à reprendre son histoire avec lui. Bien entendu, les retrouvailles peuvent être douloureuses s’il s’aperçoit qu’elle a refait sa vie avec quelqu’un d’autre… À l’intérieur de la Mazda, au milieu de ces flashbacks, au milieu de ces paysages hokkaidesques, on se tient sage, on écoute, poli, respectueux, presque la larme à l’œil, enfin scrutant fébrilement dans le décor, quand le trio sera enfin au point d’arrivée, certain mouchoir jaune flottant dans le paysage.
Un film merveilleux qui en plus aura eu le mérite de permettre à Ken Takura de donner enfin une nouvelle direction à sa carrière, après trop, beaucoup trop de films de samouraï et de yakuza.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Sam 10 Jan 2026, 11:20

J'ai acheté le blu-ray il y a peu. Curieux de le redécouvrir après avoir vu une quarantaine de Yamada depuis ma première séance.

(Je reste un petit joueur comparé à toi :mrgreen: )
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Sam 10 Jan 2026, 12:10

Mark Chopper a écrit:J'ai acheté le blu-ray il y a peu. Curieux de le redécouvrir après avoir vu une quarantaine de Yamada depuis ma première séance.

je l'ai justement revu sur ce support. Il y a en supplément une interview de Leblanc qui contextualise très bien le film.

Mark Chopper a écrit:(Je reste un petit joueur comparé à toi )

Là, j'entreprends en parallèle le visionnage chronologique des Tora-san et le reste de la production de Yamada.
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Quand ce sera fini, y'aura plus qu'à explorer le reste de la film des Baisho, Atsumi et compagnie. Du pur fun en perspective.
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A Distant Cry From Spring - 8,5/10

Messagepar Olrik » Mer 14 Jan 2026, 22:28

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A Distant Cry from Spring
Yôji Yamada - 1980


Comme pour Les Mouchoirs jaunes du bonheur, revisionnage de A Distant Cry from Spring, plus de quinze après l’avoir vu et, derechef, c’est une bonne claque. Yamada, de 1970 à, disons, 1985, c’est le big boss.

Le film est la dernière partie d’une trilogie qui serait la trilogie « Tamiko », du nom des personnages joués par Baisho. Mais il peut aussi être perçu comme le deuxicème volet d’un diptique inauguré par Les Mouchoirs jaunes, puisqu’il s’agit là aussi de l’histoire d’amour entre une femme et un homme sur fond de séjour en prison et dans le cadre de Hokkaido. Et ce n’est pas tout, puisque la présence de Hajime Hana renvoie à la période pré-Tora-san, à l’époque de la trilogie Baka et de celle des Ippatsu. Enfin, difficile aussi de ne pas songer au cycle des films sur la prison d’Abashiri dont Takakura a été la figure emblématique. Bref, si A Distant Cry semble au premier abord une simple variation des Mouchoirs jaunes, on s’aperçoit au fur et à mesure qu’il est aussi un peu plus que cela, une sorte de synthèse parfaite de la filmo de Yamada, de ce que le cinéma doit aborder pour lui comme thème et véhiculer comme émotions, et qui se paye en plus le luxe de faire un clin d’œil à un certain de cinéma de genre dont tentait de s’extirper Takakura.

Vu quelques jours après le sinistre Eki, de Yasuo Furuhata, le film montre bien ce que Baisho et Takakura peuvent avoir dans le ventre. Ce dernier, limite insipide dans Eki, parvient sous la houlette de Yamada à camper magnifiquement un homme en fuite transformé en fermer auprès d’une veuve et de son petit garçon, homme à mille lieues des innombrables personnages de yakuzas que l’acteur a pu jouer, mais sans doute davantage mémorable. Vous n’avez peut-être pas rêvé de voir Takakura conduire un tracteur ou bien tenir une brouette les pieds dans le lisier, eh bien sachez quand même qu’il le fait avec suffisamment de classe pour qu’on éprouve aussi le désir de tout plaquer poru s’en aller à Hokkaido élever des vaches. Et puis, Takakura galoper lui-même à cheval, c’est quelque chose.

Quant à Baisho, elle est comme d’habitude sublime, bouleversante quand elle crie sa solitude à cet homme qui lui dit qu’il doit repartir — alors que l’on sent qu’elle est toute prête à rebâtir une vie avec lui, mais aussi quand elle trouve le moyen d’entrer dans un train (que serait un film de Yamada sans un train ?) pour remettre au personnage de Takakura un objet qui ne pourra que faire plaisir au connaisseur de la filmo de Yamada.

Cerise sur le gâteau : le gosse de Tamiko est joué par Hidetaka « Mitsuo kun » Yoshioka. Et si jamais vous vous êtes demandé comment Kiyoshi Atsumi serait dans le rôle d’un inséminateur de vaches (je sais, drôle de fantasme, mais sait-on jamais…), n’hésitez pas, vous aurez la réponse.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 14 Jan 2026, 22:41

le sinistre Eki, de Yasuo Furuhata


Pas réussi à le finir celui-là. Pourtant, j'avais envie de l'aimer comme j'ai aimé d'autres collaborations Furuhata/Takakura.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Mer 14 Jan 2026, 22:56

Franchement, s'il n'y avait pas eu la promesse de voir apparaître Baisho, j'aurais été pas loin de lâcher l'affaire.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 14 Jan 2026, 23:03

Du coup le prochain, c'est Final Take ?

Tu vas adorer (et avoir envie de mater du Ozu après).
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Mer 14 Jan 2026, 23:12

Oui, ce sera lui, en effet.
J'attends encore un peu avant d'explorer mon coffret Ozu (je vais au moins terminer Tora-san). Mais s'il y a un autre réal' japonais pour lequel il y a une envie complétiste, c'est bien lui.
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