| Bones |
 De :Ernest R. Dickerson Cast : Merwin Mondesir, Katharine Isabelle, Deezer D Genre :horreur Durée : 01h36 2001 |
| 2/10 |
Dans le ghetto noir américain des années soixante-dix, Jimmy Bones, un parrain local, est apprécié de tous. Sa femme est la somptueuse Pearl et son second est le fidèle Shotgun. Quand Jimmy Bones est brutalement assassiné, la maison dans laquelle il a été éliminé devient une bâtisse maudite générant les plus sombres rumeurs...

Dans le ghetto afro‑américain des années soixante‑dix, Jimmy Bones règne en véritable parrain local. Charismatique, respecté, presque mythifié par les habitants du quartier, il incarne cette figure de protecteur que l’on retrouve souvent dans la blaxploitation : élégant, sûr de lui, impeccablement habillé, et doté d’un sens aigu de la justice… à sa manière. À ses côtés gravitent deux personnages essentiels : Pearl, sa compagne, femme sublime et mystérieuse, et Shotgun, son fidèle bras droit, prêt à tout pour défendre son patron. Mais cette petite dynastie de quartier s’effondre brutalement lorsque Jimmy est trahi et assassiné dans des conditions sordides. La maison où il est exécuté devient alors un lieu maudit, abandonné, rongé par les rumeurs et la superstition, comme si les murs eux‑mêmes avaient absorbé la violence du passé.
Le film Bones tente de mêler horreur surnaturelle, vengeance d’outre‑tombe et esthétique blaxploitation. Sur le papier, l’idée n’est pas dénuée d’intérêt : ressusciter un gangster charismatique des années 70 pour en faire un esprit vengeur, c’est un concept qui aurait pu donner un film culte, ou au moins un divertissement généreux. Mais entre l’intention et le résultat final, il y a un gouffre. Un gouffre profond. Un gouffre dans lequel le film tombe tête la première.
Snoop Dogg, dans le rôle de Jimmy Bones, s’en sort étonnamment bien. Il a la classe, il a la présence, et il semble comprendre le personnage mieux que le film ne comprend son propre scénario. Il flotte dans ce chaos visuel et narratif avec une nonchalance presque admirable, comme s’il avait décidé de rester cool même au milieu d’un naufrage. Pam Grier, pourtant icône absolue du cinéma afro‑américain, livre ici une prestation étonnamment faible. On a l’impression qu’elle joue dans un autre film, un film plus sérieux, plus cohérent, qui n’existe malheureusement pas. Quant au casting secondaire, il oscille entre le transparent et le caricatural. On note même la présence d’un acteur de la série Le Caméléon, comme si le film avait décidé de piocher au hasard dans les archives télévisuelles des années 90.
Le problème majeur de Bones, c’est sa galerie de personnages interchangeables. Ils se ressemblent tous, parlent de la même manière, réagissent de façon identique, et n’ont aucune profondeur. Résultat : qu’ils survivent ou qu’ils se fassent dévorer par un mur en mousse, cela ne change strictement rien. Le spectateur reste impassible. Les amateurs de jolies silhouettes y trouveront peut‑être un intérêt, car le film n’hésite pas à mettre en avant quelques personnages féminins très esthétiques, mais cela ne suffit pas à masquer la pauvreté de l’écriture.
Narrativement, le film est un véritable labyrinthe. Les allers‑retours incessants entre passé et présent, censés enrichir l’histoire, ne font que brouiller la compréhension. On passe d’une époque à l’autre sans transition, sans logique, sans rythme. Le spectateur finit par perdre le fil, non pas parce que l’intrigue est complexe, mais parce qu’elle est mal racontée. Le montage semble avoir été réalisé avec une paire de ciseaux émoussés et un sens du timing approximatif.
L’horreur, quant à elle, repose presque exclusivement sur des jump scares inutiles et prévisibles. Le film abuse de ces sursauts artificiels au point que cela en devient comique. Et lorsque l’action horrifique se décide enfin à démarrer — c’est‑à‑dire dans les vingt dernières minutes — tout s’enchaîne à une vitesse absurde, comme si le réalisateur s’était souvenu au dernier moment qu’il tournait un film d’horreur et qu’il fallait bien montrer quelques morts pour justifier le genre.
Visuellement, Bones oscille entre le kitsch assumé et le mauvais goût involontaire. Les effets spéciaux, déjà datés à l’époque, ont aujourd’hui un charme involontaire, mais ils nuisent clairement à l’ambiance. Certaines scènes semblent sorties d’un clip de rap des années 90, d’autres d’un téléfilm d’horreur fauché, et l’ensemble manque cruellement d’unité esthétique.
En résumé, Bones est un film qui avait du potentiel, mais qui se perd dans un mélange maladroit de genres, un scénario confus, des personnages sans intérêt et une mise en scène hésitante. Snoop Dogg sauve ce qui peut l’être grâce à son charisme naturel, mais cela ne suffit pas à transformer ce patchwork bancal en œuvre mémorable. Le film reste un objet étrange, parfois amusant malgré lui, souvent frustrant, et globalement raté mis à part sa BO.