Merlusse de Marcel Pagnol
(1935)
Premier film de Marcel Pagnol que je découvre, et je fais exprès de ne pas commencer par l’un de ses plus réputés : j’ai préféré choisir l’un de ceux qui me rendaient le plus curieux, à savoir ce Merlusse dont j’ai découvert il y a peu qu’il avait servi comme base scénaristique à Alexander Payne pour The Holdovers, film que j’apprécie beaucoup. Effectivement, l’histoire est à peu près la même, si ce n’est que Payne la développe sur deux semaines, là où Pagnol se contente de deux jours, et on a donc l’histoire d’un prof mal aimé (parce que borgne et peu avenant) dans un collège de Marseille où il est contraint de surveiller les élèves laissés dans l’établissement par leurs parents sur les vacances de fin d’année. Chez Payne, l’idée était d’utiliser ce pitch pour développer trois personnages, alors qu’ici c’est nettement plus simple, avec seulement le personnage de Merlusse et un collégien qui sont réellement développés, on est clairement sur un récit moins ambitieux, où Pagnol se contente de raconter une petite fable où l’on découvre que l’être considéré comme monstrueux est finalement un homme au grand cœur. Ça paraît peu, mais compte tenu du fait que le film est très court (un tout petit peu plus d’une heure), ça passe bien, même si en fin de compte je n’aurais pas craché sur une durée plus longue et un récit plus développé.
Formellement, c’est assez difficile de se faire une idée vu la copie pas terrible du dvd (a priori, le blu-ray plus récent corrige ce défaut), mais ça a l’air de confirmer l’idée que je me faisais de la mise en scène chez Pagnol : on est plus sur un cinéma de bons mots (il y a quelques répliques savoureuses, et d’autres qui touchent en plein coeur, notamment sur le final) que sur un cinéma porté sur la technique, et du coup on a une réalisation globalement très fonctionnelle, mais c’est loin d’être gênant. En revanche, j’ai cru comprendre que le film avait été une galère à boucler pour Pagnol, et ça se voit dans quelques plans où il utilise des images fixes pour créer des plans d’ensemble des couloirs du collège, ça contribue à donner un côté vieillot et pas vraiment terminé à l’ensemble. On retiendra plus volontiers le casting qui s’en sort pas mal du tout malgré les conditions techniques (le son, comme souvent à l’époque dans le cinéma français, ne rendant pas les dialogues particulièrement audibles), que ce soit Henri Poupon ou l’acteur qui joue le censeur. Pas une grosse découverte donc, même si le lien avec The Holdovers est particulièrement intéressant, mais je ne suis pour autant pas mécontent de cette porte d’entrée dans le cinéma de Pagnol.
6,5/10