
Amour et Honneur
Yôji Yamada - 2006
Le dernier volet de la trilogie du samouraï de Yôji Yamada joue moins la carte du contexte historique. L’approche n’en est pas moins réaliste, à l’image du curieux ustensile que tient Kayo (Rei Dan), l’épouse du samouraï Shinnojo Mimura (Takuya Kimura), sorte d’ancêtre du fer à repasser et que je n’avais jamais vu dans un jidai geki. Et inhabituelles aussi sont ces cérémonies dans lesquelles cinq samouraïs ont pour simple fonction de goûter les repas de leur seigneur, pour s’assurer qu’ils ne sont pas empoisonnés.
Pas de bol, Mimura (qui dès le début avoue à sa femme qu’il n’est pas vraiment heureux de cette ennuyeuse fonction) goûte un crustacé terriblement toxique quand il n’est pas consommé à la bonne saison. Il tombera malade et, pire que cela, perdra la vue. Et comme on est dans une approche réaliste plutôt que dans une série B du type Zatoichi, il y a fort à parier pour lui qu’il devienne un mendiant plutôt qu’une sorte de guerrier aveugle qui va connaître plein d’aventures.
Cependant un miracle arrive : son seigneur accepte de lui maintenir les 30 rokus annuels, et ce jusqu’à la fin de sa vie. Problème : cette bonne nouvelle aurait eu pour instigateur un samouraï à qui Kayo aurait demandé ce service… en payant de sa personne. Quand il l’apprend, Mimura entre dans une colère noire. Il répudie sa femme et se remet à pratiquer le sabre pour se venger de Shimada…
Il s’agit du plus gros succès de Yamada, et du record de recettes pour la Shochiku (record qui sera dépassé peu après avec Departures), sans doute bien aidé en cela par la présence de Takuya Kimura, alors méga star avec son groupe SMAP. Comme il joue un aveugle, son jeu est sans doute moins expressif que ses deux prédécesseurs. Son personnage n’en est pas moins bien campé, tout comme Takashi Sasano parvient parfaitement à jouer son serviteur. Là, des trois films, c’est lui qui tire le mieux son épingle dans ce rôle, le vieux Tokuhei étant un modèle de dévouement, d’humanité et de bon sens.
Et comme il est dit que dans cette trilogie il y aura à chaque fois un duel soigné, on aura donc droit à un duel entre un aveugle et une crapule. Ah ! On a aussi droit à un sepukku ! Jusque-là seulement évoqué dans les deux premiers opus, il fallait bien que ça arrive pour de bon. C’est dire si ce film n’est pas sans noirceur, à l’image aussi de la famille de Mimura, désagréablement indifférente à son sort (dans son livre sur Yamada, Leblanc note avec justesse que dans cette trilogie, les oncles et les tantes sont des figures totalement inversées de ce type de personnages dans une certaine saga de 50 films…). D’un autre côté, le film possède aussi un souffle bienfaisant à travers de petits riens qu’offre la nature (des pépiements d’oiseaux, une fleur, le souffle du vent…). On s’en doute, après deux films qui proposaient des fins heureuses, il n’est pas impossible qu’un peu de lumière vienne compenser à la fin la cécité. Ici, Yamada saura joliment faire écho à la dégustation empoisonnée du début du film…
Le film conclut une trilogie dans laquelle Yamada a fait un sans-faute. On pourra peut-être apprécier tel volet plutôt qu’un autre, mais franchement, aucune baisse de qualité à déplorer, grâce entre autre à un rythme de réalisation désormais moins dense puisque depuis
Gakko III, Yamada ne sort un nouveau film que tous les deux ans. Ce sera le cas pour son prochain film qui délaissera le temps des samouraïs au profit de la Seconde Guerre mondiale,
Kabei.