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Vos critiques de longs-métrages

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Mot de Cambronne (Le) - 7/10

Messagepar Alegas » Lun 23 Fév 2026, 23:44

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Le mot de Cambronne de Sacha Guitry
(1937)


Les années 30 sont le début d’une période faste pour Guitry, qui enchaînera les films à une fréquence particulièrement conséquente jusqu’à sa mort, et ce film peut clairement être vu comme une petite récréation entre deux plus gros projets. Dès le début, le ton est donné avec Guitry qui présente lui-même la note d’intention : une comédie en un seul acte, sous la forme d’un moyen-métrage, dédiée à Edmond Rostand, que Guitry avait connu, et qui lui avait apparemment soufflé l’idée même de cette histoire, elle-même basée sur une petite légende militaire de l’époque napoléonienne. Au premier abord, rien de particulièrement exceptionnel : quatre personnages, une unité de lieu, le tout tournant autour d’un seul enjeu, à savoir connaître le fameux mot que le personnage du général Cambronne aurait prononcé à Waterloo. Si on rajoute à cela le fait que Guitry, malgré quelques gros plans, reste globalement très sage en termes de mise en scène, on pourrait facilement parler ici de théâtre filmé sans le moindre doute.

Pour autant, il y a dans ce film la qualité habituelle de Guitry, à savoir le pouvoir des mots et leur agencement, et c’est clairement de ce côté là que le métrage se défend particulièrement bien. Hommage à Rostand oblige, tout y est écrit en vers (dommage que Guitry n’ait pas poussé encore plus loin le délire en employant l’alexandrin, même si je me doute que l'exercice aurait été compliqué), et cela fait toute la différence. Plus qu’une comédie, à ce stade j’appelle ça de la poésie tellement les dialogues sont bien écrits et savoureux, et même si je pourrais émettre une réserve sur l’une des comédiennes qui surjoue de l’accent anglais, ça ne rompt pas pour autant le charme que peut avoir le reste, entre les punchlines qui fusent et le gag final. Nul doute qu’entre d’autres mains, j’aurais été moins réceptif, mais là, avec Guitry aux commandes, et qui s’octroie en plus le rôle du général, j’ai vraiment trouvé ça délicieux à suivre, alors qu’encore une fois, sur le papier, ça a tout du projet que je pourrais rejeter en bloc.


7/10
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Rue sans issue - 8/10

Messagepar Alegas » Jeu 26 Fév 2026, 23:19

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Dead end (Rue sans issue) de William Wyler
(1937)


Je m’attendais forcément à un minimum de qualité vu le réal aux commandes, mais j’avoue que je ne pensais pas tomber face à un de ses meilleurs films, d’autant que j’ai l’impression que le métrage est globalement assez sous-estimé. Déjà, petite mention de la tagline sur le dvd français, qui vend la bobine comme un film noir, alors que c’est quand même très loin d’être le cas : ok on a un New York peu reluisant, un personnage en quête de lui-même, et un tueur implacable, mais pour le reste on est plutôt dans un petit récit social, avec même un côté choral vu le nombre de protagonistes qui sont en réalité tous à leur manière des personnages principaux. Le film est tiré d’une pièce à succès de l’époque, et ça se voit dans l’adaptation vu que tout se déroule dans un gros décor unique (la fameuse rue sans issue du titre) mais j’ai envie de dire que ce n’est jamais gênant tant Wyler pige très bien comment rendre cette histoire cinématographique, et ça commence dès le premier plan avec un super mouvement de caméra passant d’un plan de miniatures (une vue d’ensemble de New York) à l’immense décor dans lequel va se dérouler toute l’action.

Ce décor, probablement très coûteux vu la taille, c’est vraiment un personnage à part entière, et Wyler le filme avec tellement d’amour qu’on en oublie vite que c’est factice, on achète totalement l’ensemble. Dans cette rue avec quelques intérieurs vont donc se croiser le destins d’une poignée de personnages : une bande de gamins qui traînent devant la sortie arrière d’une résidence de luxe, un criminel en cavale qui revient dans son quartier d’enfance pour revoir sa mère, une femme qui rêve d’autres horizons, un homme qui ne sait pas s’il doit accepter sa condition de pauvre ou chercher à en sortir en sortant avec une demoiselle fortunée, etc… Évidemment, ces personnages vont se heurter les uns aux autres, parfois même se répondre de façon logique (le gamin recherché qui est finalement un écho de celui incarné par Bogart) et de là va découler une force narrative que j’ai trouvé particulièrement efficace, allant même jusqu’à m’émouvoir à plusieurs reprises.

Et puis il y a forcément le contexte qui joue beaucoup dans la puissance du récit : c’est une description prenante du New York de la Grande Dépression. Ça va assez loin en plus dans l’opposition entre le monde des riches, enfermés dans leurs grattes-ciels, et les pauvres qui vivent dans la crasse (la scène avec la riche qui n’ose même pas toucher les escaliers en repartant), et il y a même des mentions de la violence avec le coup du flic qui ne veut surtout pas se retrouver à Harlem parce qu’il risque de s’y faire buter, bref c’est assez rare pour un film de cette époque d’avoir une description pareille de la ville. Et là où le film m’a aussi cueilli, c’est du côté des prestations : si Joel McCrea est déjà bon, il se fait, à mon sens, complètement éclipser par Bogart (clairement une de ses meilleures prestations, la scène avec sa mère, ou le face à face avec son amour de jeunesse, toute sa déception se lit sur son visage) et par la très belle Sylvia Sidney qui confirme une nouvelle fois quelle super actrice elle était (la scène où elle ment à McCrea pour le rendre jaloux, c’est fort). Une excellente surprise donc, et le meilleur Wyler 30’s que j’ai pu voir jusqu’ici.


8/10
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Vie facile (La) - 7,5/10

Messagepar Alegas » Ven 27 Fév 2026, 23:38

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Easy living (La vie facile) de Mitchell Leisen
(1937)


Un film que j’ai lancé sans trop de savoir de quoi ça parlait, je savais juste que c’est une comédie plutôt réputée de la décennie 30’s, que Preston Sturges est au script (ça tombe bien, ça fait un moment que je dois me pencher sur la filmo du bonhomme) et si on rajoute en plus Jean Arthur en lead (ai-je déjà mentionné que je suis amoureux d’elle ?) ça me suffisait amplement pour lancer le visionnage. A l’arrivée, la réputation élogieuse se confirme : c’est effectivement une des meilleures comédies US de l’époque que j’ai pu voir, et ça rejoint à mon sens la qualité de celles que Billy Wilder pouvait écrire à l’époque, on y retrouve la même formule avec un concept simple mais fort pour lancer le film, une critique de la société derrière la façade de l'entertainment , un peu de romance, et un rythme soutenu qui permet de ne jamais s’emmerder. Autant dire que ça me donne franchement envie de voir ce que Sturges a pu faire en tant que réal par la suite, car c’est déjà ici du beau niveau en termes d’écriture.

Le film démarre sur les chapeaux de roues, avec un banquier colérique (mais pas détestable pour autant) qui pousse son fils à trouver son indépendance financière, puis qui, dans un accès de rage, va balancer l’un des manteaux de fourrure de sa femme par le balcon, manteau qui va tomber sur une jeune femme qui passait par là. A partir de là, ça va être un petit festival de situations rocambolesques (que j’éviterais de spoiler pour conserver la surprise), qui vont mener l’héroïne dans un luxe qu’elle n’a absolument pas réclamé, qui va croiser le personnage du fils, et qui va se conclure dans un final pour le moins chaotique. Époque oblige, on traite de la crise financière (héroïne qui n’arrive pas à payer son loyer, le restaurant-buffet qui stocke les plats à l’abri des potentiels voleurs, hôtel qui menace de mettre la clé sous la porte) mais c’est fait avec beaucoup de légèreté, et pour le coup je trouve le contexte admirablement bien exploité, ce qui fait que je peux tout à fait comprendre comment un petit film pareil pouvait enchanter les foules à l’époque, alors que le sujet était encore en partie d’actualité et que, sur le papier, ça aurait pu plomber le moral de voir ça traité sur grand écran.

Donc voilà, le film est particulièrement ingénieux et ludique en termes d’écriture, et la mise en scène fait en sorte de s’effacer autant que possible derrière son histoire. J’ai cru comprendre que c’était un film qui ne représentait pas vraiment le style habituel de Mitchell Leisen (dont c’est le premier film que je découvre), mais ça donne quand même envie de voir ce que le bonhomme a pu faire d’autre. Par contre, là où le film excelle, c’est sur la distribution où tout le monde s’éclate joyeusement : Ray Milland fonctionne très bien dans le rôle du fils, Edward Arnold excelle dans celui du père banquier, mais c’est clairement Jean Arthur qui vole tout le film. C’est simple, dès le premier plan où elle apparaît, elle illumine complètement le métrage et s’approprie complètement ce personnage très solaire et à l’innocence confondante. Si le film est aussi bon, c’est en grande partie grâce à elle, et elle confirmait alors une direction de carrière assez impressionnante (un Borzage la même année, Hawks et Capra les deux années suivantes, elle était devenue alors une actrice de premier plan). Une comédie très réussie donc, et que je reverrais sans aucun doute avec plaisir.


7,5/10
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Carnet de bal (Un) - 7,5/10

Messagepar Alegas » Sam 28 Fév 2026, 18:42

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Un carnet de bal de Julien Duvivier
(1937)


1937 aura été une année particulièrement chargée pour Duvivier, et qui sera une énième preuve de son talent de touche à tout, tant les trois films qu’il a sorti cette année là n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres. Si L’homme du jour et Pépé le Moko peuvent être vus en partie comme des star vehicle (respectivement pour Maurice Chevalier et Jean Gabin), on est ici en face d’un projet nettement plus curieux, à mi-chemin entre le film très intimiste et quelque chose de nettement plus ambitieux narrativement/formellement, mais aussi du côté de la distribution. D’ailleurs, pendant toutes ces années où j’avais entendu parler du film sans l’avoir vu, j’étais persuadé, à la vue du casting prestigieux (Fernandel, Raimu, Jouvet, Baur, Rosay) que c’était un film à sketches, comme ça pouvait se faire souvent, mais c’est finalement bel et bien un récit unique qui tire partie des nombreux comédiens qui le composent.

Le pitch est plutôt original, avec cette femme qui vient de perdre son mari et se rend compte que, sans lui, elle n’a pas vraiment d’éléments dans sa vie qui pourraient la combler. Elle tombe alors par hasard sur un vieux carnet de bal datant de ses seize ans, événement dont elle garde un souvenir particulièrement vivace et positif, et se met en tête de retrouver chacun des cavaliers avec qui elle a dansé ce soir-là. Le film peut être du coup vu comme une sorte de tour de France avec un personnage qui court à la recherche de son passé perdu, et évidemment chaque rencontre va être l’occasion d’avoir des bonnes et des mauvaises surprises : un partenaire dont la vie a mal tournée, un autre qui s’est suicidé justement parce que l’héroïne s’est marié avec un autre, un prétendant qui l’a complètement oublié, etc… Mais chacune de ces étapes va être l’occasion pour le personnage de se rendre compte que le passé mérite souvent d’être laissé derrière soi, et du coup le film entier est traversé à la fois par une douce mélancolie, mais aussi par une certaine fatalité, au point qu’on se demande si le happy end final en est réellement un: oui, elle retrouve une raison de vivre, mais encore une fois tout tourne autour de ce bal en grande partie fantasmé, et on a donc l’impression de voir le personnage s’enfoncer encore plus sur sa position.

L’autre grande force du métrage, c’est le fait d’alterner les tons entre différentes rencontres : certaines sont des moments de comédie, d’autres nettement plus dramatiques ou introspectifs, et on passe parfois même de l’un à l’autre (le mariage de Raimu et sa conclusion, idem pour la séquence avec Jouvet). On en a même certains qui lorgnent du côté du film de genre, je pense notamment à la séquence du médecin (ça mentionne d’ailleurs l’avortement :shock: , chose que je n’ai jamais eu l’impression de voir dans un film de cette époque) qui sent bon le thriller expressionniste (Duvivier ne semble d’ailleurs pas s’en cacher avec les nombreux dutch angles) ou celle avec Françoise Rosay qui flirte avec le film d’horreur (c’est limite si on ne s’attend pas à croiser le fantôme du fils au détour d’une porte), bref là encore Duvivier montre à quel point il est capable de passer du coq à l’âne tout en restant particulièrement cohérent.

Puis il y a le travail formel, et là, franchement, je ne suis pas loin de penser que c’est l’un des plus beaux travaux du réalisateur, qui a pourtant déjà un beau tableau de chasse. Déjà, il y a un superbe noir et blanc signé en grande partie par Agonstini :love: (chef opérateur qui bossera plus tard avec Carné, Dassin et Ophüls, excusez du peu), mais en plus il y a une variété dans la mise en scène qui s’accorde totalement avec les changements de tons/genres évoqués plus haut. L’occasion pour Duvivier de montrer tout son talent de formaliste, que ce soit dans les ralentis d’une danse pour souligner le fantasme mélancolique (sérieusement, est-ce qu’il y a des ralentis aussi réussis dans d’autres films de cette époque ? :shock: J’en doute), les ombres chinoises pour évoquer l’obsession, l'expressionnisme déjà évoqué dans la scène du médecin, le sound design sur cette même séquence, l’ambiance quasi fantastique de la première rencontre, les compositions de cadres sur la partie avec Harry Baur, le dialogue avec Raimu et l’ombre qui se dessine depuis une fenêtre ouverte pour esquisser un rebondissement futur, non vraiment ce film c’est un petit festival en termes de mise en scène, et ça prouve encore à quel point Duvivier est clairement sous-estimé de ce côté là, même encore aujourd’hui.

Et puis vient le casting, sans doute ce qui peut attirer le plus dans ce film, et là encore ça ne manque pas de qualités. Si le personnage principal est un peu transparent (chose qui me semble toutefois complètement assumée, elle est juste un souvenir qui essaye de revivre), c’est clairement autre chose en face d’elle, avec des comédiens qui sont au diapason, et qui semblent avoir des rôles écrits spécialement pour eux, je pense notamment à ceux de Jouvet (délicieux en truand propriétaire d’un restaurant, et qui connaît par cœur le Code Pénal pour créer le coup parfait :mrgreen: ), Baur ou Raimu. Le seul personnage secondaire que j’ai trouvé moins intéressant/habité, c’est le montagnard, mais bon c’est seulement une dizaine de minutes moins percutantes que le reste, ça s’excuse volontiers. En tout cas, bien content de constater qu’après plus d’une vingtaine de films découverts, il y a toujours du très bon à voir chez Duvivier.


7,5/10
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