
Lawrence d'Arabie
David Lean - 1962
Quand j’ai installé mon home cinéma, il était évident que le plaisir serait pour moi de revoir des classiques dans des conditions s’approchant de leur découverte en salle, à l’époque de leur sortie. Et parmi ces classiques, j’attendais le bon moment pour me relancer dans Lawrence d’Arabie. Vu autrefois à sa sortie en DVD, sur un modeste téléviseur, je me réjouissais de le revoir avec une définition, un grain qui épouserait merveilleusement la texture du sable, qui donnerait à sentir l’émerveillement du lieutenant T.E. Lawrence dans son odyssée, avec l’aide de Chérif Ali Ibn el Kharish (Omar Sharif) et Auda Ibn Hussein (Anthony Quinn).
Autant dire que je n’ai pas été déçu. Et avec une actualité faite de laideur, notamment au Moyen-Orient, cela fait du bien de voir un film en miroir, troquant les agissements d’un gros con à la peau orange avec la noblesse d’un officier blond tombé amoureux du désert et de la culture arabe.
Bien sûr, il faut un peu d’endurance, se mater 3H38 en fin de semaine, c’est un peu risqué. Mais puisqu’on parle de désert capté par la caméra sur une longue durée, je préfère évidemment ça à Dune. Le désert est vaste, le désert est vide. Mais ce qui est merveilleux, c’est de voir combien le peu d’humanité qui y vit a de l’éclat. De Lawrence à ses deux gamins serviteurs en passant par Chérif Ali Ibn ou le pauvre Gasim, on l’aime, cette petite communauté, et la première partie avant l’entracte aurait pu durer trois heures que ce n’aurait pas été un problème.
La deuxième partie est plus sombre bien sûr. Lawrence est empêtré dans des facettes ambiguës de sa personnalité. Si la première partie présentait la guerre comme une nécessité autant belle que glorieuse, ce sera moins le cas dans la deuxième, avec le massacre de Turcs qui s’enfuient, des survivants parqués dans un infâme hôpital qui n’a d’hôpital que le nom, enfin par le viol de Lawrence lui-même par des soldats turcs. Car la scène a beau ne pas jouer la carte de l’explicite, c’est bien de cela dont il s’agit. Dès cet instant, le désert perd de sa magie, de son magnétisme, d’autant que le magnifique prince Fayçal (excellent Alec Guinness) tient moins d’un prince des Mille et une Nuits que d’un homme politique occidental matois qui serait habillé comme un noble arable. L’épique, le lyrisme, cède la place au réalisme et au politique, et Lawrence n’a plus qu’à retourner en Angleterre, entendant une dernière fois les quelques notes du fameux thème principal de Maurice Jarre. Notes jouées à la cithare, fragiles, presque fantômatiques… à vrai dire déjà empreintes de nostalgie. À la réflexion je crois que c’est non le deuxième, mais le troisième visionnage de Lawrence d’Arabie. Il est bien évident que ces notes de cithares se rappelleront un jour à mon souvenir et me donneront envie d’en entamer un quatrième.