
Série noire
Alain Corneau - 1979
Il y a du Voyage au bout de la nuit dans Série Noire. Plongé dans la laideur hivernale de cette banlieue parisienne (on espère le printemps et, ironiquement, en fait de printemps on n’a que la pancarte du magasin du même nom que l’on aperçoit plusieurs fois au loin dans le paysage), le spectateur doit se coltiner toute une collection de spécimens humains plus ou moins hideux, plus ou moins désespérés. Parmi eux, le personnage de Dewaere, Frank Poupart, m’évoque le Bardamu de Céline, mais un Bardamu déchiré entre humanisme et pulsions auto-destructrices. Ce qui est frappant chez lui, c’est cette obsession d’emplir l’espace de sa voix (qu’il soit seul ou non) pour débiter des conneries ou des banalités avec lesquelles il prend une distance fiévreusement ironique. On guette l’instant où, enfin, il sera calme, sérieux, lucide, mais la contamination de la médiocrité et du désespoir ambiants est telle que ces instants sont condamnés à rester éphémères, juste le temps d’une lueur fugitive dans le regard fou de Dewaere qui, ayant cultivé l’insomnie tout le long du tournage pour restituer l’épuisement de son personnage, trouve bien entendu là le rôle de sa vie (et à côté du scandale du partage de palme d’or entre Apocalypse Now et Le Tambour, il faut bien reconnaître que l’attribution du prix d’interprétation masculine à Jack Lemmon plutôt qu’à lui est tout aussi incompréhensible).
Un grand film malade, porté donc par la rage de Dewaere, mais aussi le parfait travail d’adaptation de Pérec et tous ces décors sordides dans lesquels le moindre objet semble lui aussi crier sa misère.






