Je me suis toujours promis de ne jamais dire "les jeunes sont comme ci ou comme ça" et pourtant, j'y viens...
Je ne veux évidemment pas mettre tout le monde dans le même sac mais je constate (et je sais que la quasi totalité de mes représentants font le même constat) l'arrivée d'une nouvelle génération très sûre d'elle. Mais on a des libraires qui débutent dans le métier et qui n'ont absolument aucune curiosité pour ce qui se passe en dehors de leurs (généralement peu nombreux) domaines de prédilection. La mode est clairement à la littérature de genre au sens large. Pourquoi pas ? Mais tu te retrouves donc avec des libraires qui ne lisent que de la romance écrite à la chaîne (et sans doute par IA) sans aucune volonté de s'intéresser à autre chose.
Cela crée forcément une déperdition et une uniformisation de l'offre.
Et les recommandations se font désormais sur Tiktok. L'exemple type est le succès du moment
La Femme de ménage avec lequel on a des chiffres de vente jamais vu (supérieur à ce que l'on vend quand sort un nouvel Astérix). Le livre est une turbo merde (vraiment) mais tout le monde en parle sur tiktok donc on ne vend que ça. Alors on pourrait se dire que cela amène du monde à la lecture mais non. Les nanas (parceque c'est généralement le cas) viennent, achètent les suites et on ne les revoit plus. Les livres qui marchent vendent parceque c'est la mode de les lire et rien de plus.
Et que ce phénomène touche la clientèle est une chose mais les nouveaux libraires sont de plus en plus comme ça. Ils se mettent en scène sur les réseaux avec des livres qui pour eux sont avant tout de beaux objets (que je trouve moches généralement

) mais ils ne cherchent jamais à sortir de leur zone de confort.
Un exemple parlant est leur recours systématique aux mots-clés pour définir les livres qu'ils lisent. Tout doit rentrer dans une case et surtout, rester "safe" ou confortable. J'ai halluciné quand on m'a dit qu'un livre de Jane Austen était du "slow burn".
Il y a clairement un désintérêt pour les titres de fond qui inquiète les éditeurs qui pensent que d'ici quelques années certains titres disparaîtront purement et simplement car il ne sera plus rentable de les imprimer.
C'est un peu difficile à définir car c'est un ensemble de petites choses souvent anodines mais qui, cumulées, laissent entrevoir un nivellement par le bas de la profession. Sans compter le niveau des parutions...
Et comme me le faisait remarquer un représentant cette semaine, cette nouvelle génération est très intolérante et sans aucune empathie pour tout ce qui sort de sa zone de confort.
Quand j'entends dire que Manuel Carcassonne (le patron de Stock) dit à qui veut l'entendre que s'il avait dix ans de moins il se réorienterait, je me dis que mon ressenti est le bon.
