7/10
Mean Streets de Martin Scorsese - 1973
Après un Bertha Boxcar qui montrait vraiment quelques prémices de Scorsese ( le film ressemblant bien à la prod Corman qu'il était), voici le vrai film fondateur de Marty, tout est là (religion avec un personnage à la très forte dimension christique, mafia, amitié, Little Italy, voix off, soundtrack de qualité), tout ce qu'on retrouvera plus tard dans le reste de sa filmo, ce film va au delà du brouillon ( terme un peu péjoratif je trouve quand on parle de ce film ).
Ici tout le coté mafia reste en toile de fond et c'est plutôt terre à terre ( on est loin du mythe ), Charlie en fait partie sans que l'on sache vraiment ce qu'il fait, j'aime bien l'utilisation de la voix off de son personnage ( peu de scène mais c'est efficace avec Keitel qui parle à dieu notamment le racisme obligatoire quand on appartient à Little Italy ).
Bon alors le film a une construction narrative un peu sommaire sans réel fil conducteur, Scorsese décidant pour son premier film de raconter la vie de son quartier et des amis qu'il a cotoyé, c'est plus la tranche de vie d'un quartier avec une succession de scénettes et certains personnages n'ont pas la profondeur qu'il devrait (Johnny Boy aurait mérité plus de scènes), du coup même si on s'ennuie pas, toute les scénettes ne sont pas du même niveau et du coup ça pêche un peu niveau rythme et c'est essentiellement sur ce point qui fait que la note ne sera pas excessivement haute (c'est à 2 doigts d'être chiant quoi et c'est pour ça que c'est pas un film qu'on veut revoir des dizaines de fois).
Par contre je trouve que le personnage de Keitel est vraiment un des perso un des plus positif de la filmo de Marty (pour ses films de gangsters je parle), il est vraiment positif et humaniste (qui cherche avant tout la rédemption) on est loin d'un Ray Liotta dans les
Affranchis ce qui ne veut pas dire qu'il finira mieux que les autres "héros" Scorsesien.
Et puis il y la réalisation de Scorsese déjà virtuose avec cette science du plan séquence, ses travellings ( ceux du bars sont magiques), un petit jump cut, des ralentis qui ont toujours la classe et ce passage face caméra de Keitel en train de danser, quand Scorsese se prend pour la nouvelle vague il le fait avec beaucoup plus de talent que ses instigateurs ( Scorsese c'est pas Godard quoi), Scorsese donne un coté magnifique à son aspect documentaire, quand on sait que ça a été tourné en moins d'un mois ça force au respect.
J'ai bien aimé les éclairages rouge du bar aussi, ça rend super bien et donne une certaine aura à l'ensemble.
Keitel est super bon ( c'est pas une surprise ) et dans le film par moment j'ai l'impression de voir De Niro quand il joue avec sa façon de parler et puis il y a donc Robert De Niro en chien fou totalement irresponsable, et il est juste génial quand on le voit dans ce genre de film c'est triste de voir quelle caricature il a pu devenir ces 25 dernières années, ici il a 2 fois moins de scènes que Keitel et il lui vole vraiment la vedette alors que bon Keitel c'est pas n'importe qui, la scène où il dit ses 4 vérités au gars à qui il doit de l'argent c'est génial, le reste du casting composé de tête plus ou moins connues est très bon ( mention à la danseuse black très ...).
La BO forcément c'est du lourd et forcément y a un morceaux des Stones judicieusement placé, l'entrée dans le bar de Johnny Boy sous "Jumpin Jack Flash" c'est un truc qu'on appelle ultime.
C'est moins lyrique que Les Affranchis et moins virtuose que Casino mais ce film a engendré toute une descendance car à chaque film de quartier ou chroniques de petits voyous on parle de film à la Mean Streets et ça c'est pas rien.
Un grand petit film qui marqua l'entrée de Scorsese dans la cour des grands mais typiquement le genre de film que j'ai pas forcément envie de revoir et je préfère revoir un truc comme The Drop que celui là.