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Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 15 Fév 2014, 13:17
par Dunandan
Ben tu vois, je lui trouve une véritable profondeur émotionnelle, mais pour la trouver, il m'a bien fallu une ou deux visions de plus, en premier lieu le père que j'ai trouvé vraiment touchant dans sa façon maladroite d'esayer de recoller les morceaux, de ne pas laisser tomber malgré les nombreux échecs et erreurs. Question de ressenti aussi, j'imagine.

D'accord sinon pour l'esthétique qui prend parfois le dessus sur la narration (c'est d'ailleurs ce qui me bloque un peu dans ses films suivants jusqu'à Fantastic Mr Fox), mais ça ne me dérange pas plus que ça tant l'effort est superbe et supporte la mélancolie des personnages de manière excessive, amusante, et décalée.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 15 Fév 2014, 14:43
par Velvet
Je pense aussi qu'après plusieurs visions, ça peut révéler sa profondeur. Mais la première partie du film, j'ai trouvé le temps un peu long avec des personnages en mode "tapisserie". Malgré le style de Wes Anderson, j'ai trouvé ça un peu factice par moments.

Ida - 7/10

MessagePosté: Lun 17 Fév 2014, 17:12
par Velvet
Ida de Pawel Pawlikowski (2014) - 7/10


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Avec Ida, Pawel Pawlikowski réalise avec simplicité mais opacité une découverte de soi-même, où une femme doute du chemin de traverse qu’est en train de prendre sa vie, où elle doute de sa propre personnalité et de ses propres envies. La force d’Ida, c’est avant tout sa mise en scène plus que remarquable. Les plans sont quasiment tous fixes, où seuls les personnages déambulent dans un décor presque mortifère marqué par les stigmates encore béantes de la guerre. Malgré la rigidité formelle du film, le montage rapide permet une construction scénaristique captant les moindres détails d’une histoire épurée. Une jeune femme, vivant dans un couvant et étant en passe de faire ses vœux, fait alors la connaissance d’une de ses tantes. Les deux femmes vont alors s’embarquer dans la découverte du passé d’Ida et de la mort de ses parents juifs. S’ensuit alors une traversée funèbre, une sorte de road movie léthargique et intimiste dans les tréfonds d’une quête initiatique personnelle. Chaque plan, doté d’une photographie incroyable et d’un noir et blanc d’une luminosité éclatante, est d’une beauté flamboyante, un réel plaisir pour les yeux dévoilant un sens du cadre hors pair et une utilisation de l’espace percutante, à l’image de toute cette séquence se déroulant dans la forêt pour déterrer des souvenirs plus que cruels. Sous cette couche de marbre esthétique un peu austère, se dégage une tristesse de tous les instants. Ce qui est beau, c’est la finesse du traitement, la justesse des mots et de la représentation des révélations mortifères, qui sont par moments d’une cruauté effroyable et d’une noirceur saisissante. Des petits riens, des simples gestes sont comme une introspection humaine discordante dans son for intérieur, comme un simple mais sublime détachement de cheveux. Ces grands yeux noirs semblent définitivement évasifs dissimulant une solitude quasi solennelle entre un Dieu silencieux et une famille disparue, notamment suite à sa nuit passée avec un musicien dont elle s’était un peu amourachée. Détachée de tout lien social dans son couvant, elle fait connaissance de sa tante, femme conquérante mais dont les cicatrices maternelles ont du mal à s’évaporer, noyées dans un alcoolisme lattant, qui vont mettre à mal la foi d’Ida. Pawel Pawlikowski offre un film simple, court mais doté de fulgurances bouleversantes sur une quête mémorielle sur le passé et sur le futur d’une femme, qui découvre des parties d’elles-mêmes étant inexistantes à ces yeux jusqu’à ce jour.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Lun 17 Fév 2014, 20:24
par zack_
Velvet a écrit:Je pense aussi qu'après plusieurs visions, ça peut révéler sa profondeur. Mais la première partie du film, j'ai trouvé le temps un peu long avec des personnages en mode "tapisserie". Malgré le style de Wes Anderson, j'ai trouvé ça un peu factice par moments.


J'en garde perso un souvenir amer. A l'époque on connaissait peu le réalisateur, et ca fait bizarre d'être confronté à de telles familles.

Only lovers left alive - 8/10

MessagePosté: Jeu 20 Fév 2014, 16:29
par Velvet
Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (2014) - 8/10


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Only lovers left alive, dernière œuvre de Jim Jarmusch, est une ode à l’amour intemporel, un hommage à l’immortalité de l’art, racontant avec un désenchantement presque maladif mais amoureux, cette perte d’imagination de l’Homme, cette façon de corrompre son esprit et de contaminer son corps. Tous les ingrédients qui font la spécificité et l’excentricité dandy du réalisateur sont présents dans cet Only Lovers Left Alive, à commencer par cette bande son dépressive composée par Jozef Van Wissem et SQÜRL. Cette musique accompagne les moindres pas de deux vampires cultivés, les faisant naviguer à travers les avenues lumineuses mais vides de Détroit ou les ruelles phosphorescentes de Tanger. Lui est un musicien talentueux mais torturé, composant dans le silence le plus total, voulant se cacher des humains (« zombies ») qu’il méprise de plus en plus. Elle, habite Tanger mais fait ses bagages à Detroit pour le rejoindre alors qu’il est proche de la déprime et du suicide. Durant la ballade funambule de ces deux êtres de la nuit, qui ont presque tout vu et tout connu à travers les âges, Only Lovers Left Alive se laisse porter par son souffle court, planant au gout hallucinogène de cette « merveille » de sang, écrivant son histoire par petites touches avec une lenteur hypnotique, naviguant entre recherche de sang pour se nourrir et sorties nocturnes romantiques comblées de références artistiques. Avec un vague à l’âme attendrissant, cette touche d’humour légère faite de digressions sur l’Histoire de l’humanité, Jim Jarmusch dessine les contours de ce couple qui se complète comme aucun autre. Comme avec Memphis pour Mystery Train, le réalisateur capte les petites parcelles de vie de villes en ébullition ou en perdition, optant pour un récit contemplatif voire sensorielle sur certaines séquences. Inspiré, le réalisateur offre avec Only Lovers Left Alive un écrin visuel d’une classe folle, avec décors élégants -appartement artistique ou salle de concert envoûtante-, une mise en scène à la finesse maline, et une photographie magnifique. Parler du film sans mentionner la classe et le charisme de ses deux acteurs, serait ne pas rendre justice à Tidla Swinton et Tom Hiddelston. Ils forment un couple à la symbiose presque parfait à l’écran, duo fait de noir et de blanc, de pessimisme et d’optimisme, avec un côté poseur dandy presque magnétique. Derrière ce duo vampirique, se cache aussi une amertume, celle du réalisateur, qui se transpose presque dans le personnage d’Adam. Cette sœur turbulente qui vient de Los Angeles « la capitale des zombies », la peur de voir l’art dans les mains du succès et des conventions, ce monde où l’Homme vaporise ses denrées (l’eau), on y voit ici l’œuvre d’un artiste, qui ne comprend pas forcément le monde dans lequel il vit. Le récit n’a pas de route toute tracée, se laisse bercer au gré du vent, regardant au plus près des étoiles, avec ce rythme presque léthargique, et se consumant à petit feu sous une pleine lune éclatante mais sachant renaître grâce à la beauté de la vie qu’il nous est donnée de voir. Only Lovers Left Alive est en perpétuelle pesanteur, offrant une œuvre fantomatique et crépusculaire, à la classe folle et à la simplicité oisive.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Jeu 20 Fév 2014, 22:56
par Kakemono
Bon j'étais sceptique mais tu 'as convaincu, bien joué. :super: Vais me le faire sous peu du coup. :D

Trois frères: le retour (Les) - 0/10

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 10:45
par Velvet
Les trois frères, le retour par Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus (2014) - 0/10


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Malheureusement, Les Inconnus ne sont pas comme le bon vin, il ne se bonifie pas avec le temps. C’est le dur constat qui s’impose à la vue de leur dernier film. Premièrement, rien que le nom du film ne respire pas l’imagination, « Les trois frères, le retour ». Qu’on se le dise tout de suite, ce long métrage est un produit low-cost, qui ne fourmille d’aucune idée scénaristique ou même narrative, comme le laissait présager leur campagne de publicité désastreuse (l’horrible sketch avec les excellents Palmashow) ou même leur bande annonce. Dès les premières minutes, on commence à craindre le pire avec cette présentation des personnages has been, les mettant en scène dans des situations plus que navrantes (Campan jouant à l’éternel débile à l‘humour gênant, ou Bourdon qui vend des sex toys sur internet sur le parking d’un supermarché), sans oublier de les voir jouer dans une mise en scène presque aussi affligeante qu’un piètre épisode de Plus Belle la vie tout en étant accompagné d’une petite musique champêtre directement sortie d’un mauvais téléfilm de TF1. Mais outre cette histoire de recouvrement de dettes, qui va les obliger à faire un petit bout de chemin ensemble dans des séquences plus que rocambolesques, le plus embêtant est de voir ces trois compères se vautrer avec autant de facilité dans cet empilement de petites saynètes à l’humour plus que désuet. Ce qui faisait la réussite et toute la qualité de l’écriture des Inconnus était cette faculté qu’ils avaient à parodier le monde dans lequel il vivait tout en y ajoutant une petite part de vérité. Ici on est bien loin de « Eh manu tu descends ». Aucune situation ne fait mouche, tournant parfois au ridicule, voire craignos, comme cette scène d’intimidation entre un mec de banlieue et les trois frères. Ils n’ont plus cette capacité à se travestir avec le poids de l’âge, à l’image de la scène de la Banque avec Campan déguisé en adolescent attardé téléphone à la main, qui est d’un cliché inoffensif et jamais corrosif. On voit juste le spectacle de trois hommes, qui semblent dépassés par les événements, à l’écriture presque indigente. Comme ils ont perdu tout talent pour l’écriture, ils se réfugient derrière leurs anciens travaux, et tombent dans le cynisme le plus hypocrite avec de nombreuses références presque copiées/collées (le coup de la prise de drogue). S’enfonçant dans le ridicule n’est pas leur simple fait d’armes, puisqu’ils agrippent la jeune Sofia Lesaffre dans leur chute avec un rôle ingrat, avec son coté racaille des bacs à sable, et un phrasé mélangeant faussement verlan et vocabulaire « wesh ». S’amuser des clichés, quitte à en faire des tonnes n’est pas un problème en soi. Malgré toute la sympathie qu’on peut avoir pour le trio, les Inconnus offrent ici un film, qui comme on pouvait l’imaginer, s’inscrit dans la droit lignée de cette hégémonie du cinéma français pour des comédies sans scénario, aux punchlines inexistantes. Mais à quoi bon changer une équipe qui gagne, tant qu’il y aura des pigeons comme moi, pour remplir les salles devant ce genre de spectacles infâmes…

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 10:49
par Dunandan
Elle fait très mal ta critique, et confirme mes craintes.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 11:17
par Velvet
Je pense ne pas exagérer en plus. J'ai souri une fois à la fin, mais sinon le néant le plus total. Mais dans la salle où je suis allé le voir, ça riait pas mal à ma grande surprise.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 13:19
par Mark Chopper
Bienvenue dans le monde des aigris.

Speed Racer - 8/10

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 18:22
par Velvet
Speed Racer de Lana et Andy Wachowski (2008) - 8/10


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Speed racer, c’est tout simplement un long métrage ludique et créatif comme on n’en voit pas tous les jours. Il a cette dualité intéressante avec d’un côté toute une imagerie décalée et enfantine, ses couleurs criardes, ses images somptueuses, ses courses de voitures qu’on croirait sorties d’un jeu vidéo (on pense à Wipeout fusion) ou d’un dessin animé, ses petits gags gentillets (les très sympathiques situations entre le singe et le petit frère du héros) qui se confrontent au travail d’orfèvre, d’une maitrise délurée de la part de deux réalisateurs nous offrant un spectacle jouissif. On l’a vu récemment dans Cloud Atlas, la réelle qualité des Wachowski, outre de raconter des histoires aux thèmes universels, c’est celle d’être des maîtres dans l’art du montage.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 18:25
par Velvet
Mark Chopper a écrit:Bienvenue dans le monde des aigris.


C'est probablement vrai. :lol:
Surtout quand je vois le retour du public quant au film, qui se révèle assez sympathique et honorable.

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 18:51
par Creeps
Avec ta dernière critique tu viens de le quitter :nono:

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Sam 22 Fév 2014, 21:55
par Dunandan
Ben non il est génial ce film, très bonne critique une nouvelle fois :super: (je ne dis pas que t'es mauvais Creeps hein, en ne l'appréciant pas :eheh:)

Re: [Velvet] Mes critiques en 2014

MessagePosté: Dim 23 Fév 2014, 00:12
par Alegas
Oh bah ce serait pas un scoop de dire que les goûts de Creeps sont mauvais. :mrgreen:

Sinon bien ouèj Velvet, elle fait plaisir à lire ta critique (comme quoi on peut tout dire sur un film sans forcément pondre un pavé). :super: :super: :super:

Et vu qu'en plus je suis d'humeur sympathique aujourd'hui :

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