[Nulladies] Mes critiques en 2015

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Pirates des caraïbes 2: Le secret du coffre maudit - 6/10

Messagepar Nulladies » Dim 01 Nov 2015, 07:23

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Worst Case Scenario

Bon allez les enfants, on se fait la suite de Pirates des Caraïbes ? On ferme les volets, on met le son bien à fond, on va se bouffer du poulpe géant et de la marée haute ?
C’est parti.

- Mais pourquoi elle est en prison la fille ?
- Mais pourquoi elle est déguisée en garçon la fille ?
- Mais pourquoi elle embrasse Jack Sparrow ?
- Mais c’est qui en fait le monsieur qui a des croûtes de fromage sur la joue ?
- Mais alors c’est qui le héros ?
- Mais quand est-ce qu’il vient le Kraken ?
- Mais de quoi ils parlent, là ?
- Mais alors en fait il est méchant Jack Sparrow ?
- Mais là alors il ment ?
- Mais c’est qui lui déjà ? Son père ? Son ennemi ? Son amoureux ?
- Mais là alors il ment ?
- Mais pourquoi il dit ça ?
- Qu’est-ce qu’il a dit ?
- Mais alors là il ment ?
- Mais il était pas mort lui ?
- Mais il est mort alors ?

Sur les deux heures trente que dure le film, les enfants se sont tus trois fois. Pour le Kraken, bien sûr, même si le bordel visuel n’était pas toujours extrêmement lisible. Mais surtout pour deux séquences qui sauvent le film : l’échappée de la tribu indigène sur deux moyens de locomotion pour le moins originaux, le poteau/brochette et la sphère carcérale en os humains, puis le duel à trois sur une roue à aube lancée à pleine vitesse. Dynamique, gorgées de comique de geste et de situation, bondissantes et pleines de rebondissements, ces morceaux de bravoure renouent avec le pur divertissement.
Et ce sont les moments bénis du film où l’on se tait aussi à l’écran.

- Mais il est mort alors ?
- Ben vous verrez, il y a un N°3…
- Mais pourquoi…
- Il dure 2h50. Ce sera sans moi.
- Mais alors comment on va faire pour comprendre ?
- Vous allez pas. Disons qu’à la fin, il gagne, ils s’embrassent. Et vous avez la même musique pendant trois heures. Avec un gros tourbillon.
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Pirates des caraïbes 3: Jusqu'au bout du monde - 4/10

Messagepar Nulladies » Lun 02 Nov 2015, 07:03

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O sombres idiots de la mer qui ont su imposer les océans du vide…

Bon, j’ai craqué, même si je m’étais promis à la fin de l’épisode précédent de laisser la marmaille se dépatouiller seule dans la houle confuse d’une intrigue à rebondissements aussi fréquents qu’ineptes. Mais voilà, autant finir les choses bien, et leur faire comprendre aussi ce qu’est l’épuisement par l’épisode de trop.
Je n’ai même plus fait semblant de chercher à comprendre pour tenter de leur fournir des explications : laissez tomber, les kids, y’a pas vraiment de méchants et de gentils, c’est chacun pour sa gueule, chacun son fardeau, comme disent les plus gentils, et c’est plus fun quand on dit pas à celle qu’on aime qu’on l’aime, ça pimente un peu avant le mariage entre deux décapitations. De toute façon, les fausses pistes et les sous intrigues abondent tellement qu’on se dit qu’on doit les subir sans broncher, et que l’humour ou l’action viendront équilibrer en nous apportant le divertissement attendu.
Hum.
Le troisième volet se veut plus sombre dès son intro, vu qu’on pend un enfant, et que donc, attention les gens, ça devient sérieux cette histoire. On tente bien de nous faire plonger dans les limbes du WTF avec la présentation de Sparrow au bout d’une grosse demi-heure, mais ce n’est pas en le démultipliant, en le faisant pondre un œuf ou converser avec une chèvre qu’on renouera avec l’esprit sémillant du premier opus.
Plus on avance, plus la logique du « toujours plus » prévaut : plus de pirates, plus de méchants, plus de trahisons, plus de longueur. Certes, la franchise écume l’une de ses spécificités, à savoir le décor en carton-pâte et les aventures exotiques, de Singapour aux Icebergs (pompant au passage le très bel accostage sur la lune du Baron de Münchhausen, lorsque la voûte céleste se reflète sur les flots), et occasionne une jolie séquence, celle du retournement du Black Pearl pour rejoindre le monde des vivants.
Mais le final, qui a beau lorgner du côté des 7 samouraïs par sa pluie continue et ses combats en nuances de gris, est assommant de rallonges, et on verrait volontiers ce tourbillon se transformer en chasse d’eau géante, histoire d’en finir. La conclusion presque aussi longue que celle du Retour du Roi, nous achève. On en sort rincé et soulagé du devoir accompli.
- Bon, Papa, maintenant y’a le 4 ! La fontaine de Jouvence !
- Papa ?
Papa est parti chercher de l’arsenic. Une boite familiale, s’il vous plait.
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar osorojo » Lun 02 Nov 2015, 09:06

Ah les parents, toujours faibles avec leurs rejetons :mrgreen:

J'me suis arrêté au 2 de mon côté, que j'avais subi comme jamais. Tu confirmes que je ne loupe rien :eheh:
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar Nulladies » Lun 02 Nov 2015, 09:07

osorojo a écrit:Ah les parents, toujours faibles avec leurs rejetons :mrgreen:

J'me suis arrêté au 2 de mon côté, que j'avais subi comme jamais. Tu confirmes que je ne loupe rien :eheh:


Tu as bien fait !
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar Mr Jack » Mar 03 Nov 2015, 00:10

Qu'est-ce qu'il est à chier ce troisième opus. Moi qui aime beaucoup le premier j'ai souffert comme toi, Nulladies. :eheh:
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar Dunandan » Mar 03 Nov 2015, 01:34

C'est dans celui là qu'il y a Chow Yun Fat ? C'est tout ce dont je me rappelle :|
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Pirates des caraïbes 4: La fontaine de Jouvence - 3/10

Messagepar Nulladies » Mar 03 Nov 2015, 07:05

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Les aventuriers de l’enthousiasme perdu.

Oui, oui, j’ai vu ce film, avec les marmots. Quand ils seront plus grands, je leur ferai revoir, puis lire ma critique. Ils comprendront mon dévouement et y verront peut-être une occasion de me pardonner de ne pas leur prêter la bagnole.

Je me souviens que lors d’un déjeuner à la cantine avec un collègue de maths, dans mes débuts de carrière, nous avions évoqué ce jeu stupide consistant à placer un mot incongru dans une situation sérieuse. Il imaginait ce que nous pourrions tenter de dire lors du prochain conseil de classe, et j’avais suggéré « pédiluve », puis totalement oublié cette histoire jusqu’au conseil en question, environ un mois plus tard. Il avait commencé sa synthèse ainsi : « Cette classe de sixième a un niveau très hétérogène qui suppose une adaptation du professeur. Pour parler par image, on peut dire que lorsque certains sont déjà au grand bain, d’autres se trouvent encore au pédiluve ».

La classe, quoi.

Ce quatrième volet de la franchise m’a fait penser à cette histoire : les mecs se sont imposé des défis, des thèmes à placer, et l’ont fait.
Mais sans la classe.
On a donc droit à :
- Penelope Cruz à moustache
- Un Barbe-Noir télékinésique
- Un bateau lance-flamme
- Des Sirène Spider-Woman
- Une sirène qu’on baptise Sirena
- Un prêtre BG qui tombe amoureux d’une sirène
- Une poupée vaudou
- Des pirates zombies
On soupçonne fortement l’équipe d’avoir eu recours aux pilules d’ILC, ce psychotrope qui a engendré l’écriture de Percy Jackson et la mer des monstres.
Autour de tout ça, on nous organise divers abordages et course à l’échalote à adversaires multiples, sans qu’on se soucie de quoi que ce soit. Jack s’en fout, Penelope essaie de nous insuffler un brin de chorizo dans l’affaire sans qu’on y croie une seule seconde, les chèques pleuvent, les spectateurs pleurent.
De jouvence, nulle trace.

- Et donc, le 5, il sort quand papa ?
QUOI ?! Euh. Dans longtemps. Vous serez grands, vous pourrez y aller seuls. Ou même, vous aurez peut-être du goût à ce moment-là.
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar Nulladies » Mar 03 Nov 2015, 08:09

Mr Jack a écrit:Qu'est-ce qu'il est à chier ce troisième opus. Moi qui aime beaucoup le premier j'ai souffert comme toi, Nulladies. :eheh:


Le 4ème est donc pire... Ravi de passer à autre chose avec les moufflets !
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Re: Pirates des caraïbes 4: La fontaine de Jouvence - 3/10

Messagepar Hannibal » Mar 03 Nov 2015, 09:35

Nulladies a écrit:
Oui, oui, j’ai vu ce film, avec les marmots. Quand ils seront plus grands, je leur ferai revoir, puis lire ma critique. Ils comprendront mon dévouement et y verront peut-être une occasion de me pardonner de ne pas leur prêter la bagnole.

Je me souviens que lors d’un déjeuner à la cantine avec un collègue de maths, dans mes débuts de carrière, nous avions évoqué ce jeu stupide consistant à placer un mot incongru dans une situation sérieuse. Il imaginait ce que nous pourrions tenter de dire lors du prochain conseil de classe, et j’avais suggéré « pédiluve », puis totalement oublié cette histoire jusqu’au conseil en question, environ un mois plus tard. Il avait commencé sa synthèse ainsi : « Cette classe de sixième a un niveau très hétérogène qui suppose une adaptation du professeur. Pour parler par image, on peut dire que lorsque certains sont déjà au grand bain, d’autres se trouvent encore au pédiluve ».

La classe, quoi.


Tu m'as tué avec ton intro :eheh: :eheh: :eheh:
Mark Chopper a écrit:La mode des années 2010 consiste à faire des suites de merde qui permettent de réévaluer des purges.
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Life - 6,5/10

Messagepar Nulladies » Mer 04 Nov 2015, 06:45

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Motion capture.

Il faut un minimum de culture contextuelle pour entrer dans Life, un film qui se mérite et ne cherche pas la facilité en dépit de son potentiel de séduction.
Connaitre son réalisateur, Anton Corbijn, à la carrière internationale de photographe, notamment de stars du rock, et la fascination qu’il a toujours eue pour les icônes et la captation de leur vérité profonde. Connaitre aussi l’histoire de James Dean, sa trajectoire d’étoile filante et les clichés célèbres ayant notamment contribué à son ascension.
De cette matière à la fois autobiographique et historique, Corbijn écrit un film naviguant en eaux troubles. Tout participe à cette idée d’un décalage, ou, pour reprendre un terme photographique, d’un décadrage. La star James Dean est jouée par Dane DeHaan, un acteur lui-même sur le point d’exploser, tandis que l’homme de l’ombre est incarné par Pattison, à la destinée similaire d’idole pour midinettes. Le duo fonctionne sur la trame éculée des pôles inversés, Dean étant d’une spontanéité confondante, star presque involontaire, paresseux et magnétique, tandis que son photographe est un ambitieux maladroit, avide de succès, raide et handicapé social. Le trait n’est pas toujours fin, les circonvolutions (notamment le rapport de Dennis avec son ex-femme et son fils) souvent dispensables, mais là n’est pas l’essentiel.
De décadrage, il est surtout question dans la volonté de Corbijn de saisir la fabrique de l’image : Stock sait qu’il tient avec Dean un sujet vibrant, et doit attendre son accord puis le moment propice pour le capturer. Et le spectateur d’attendre avec lui : les scènes sont avant tout des reconstitutions, souvent très longues, de ce qui mène à un cliché mythologique : Dean sur Time Square, dans l’Indiana, chez le coiffeur, dans un bar, en cours de théâtre… Bien entendu, la photographie fait l’objet d’une attention particulière, et le réalisateur accorde un soin constant dans la recherche d’une imagerie intime, qui quitterait les plans d’ensemble de la foule, de l’hystérie collective, de la dimension nationale, pour s’attacher à une personnalité à la fois hors norme et brillante dans son humanité spontanée.
C’est là l’une des limites du film : à trop vouloir délayer ces apogées iconiques dans un récit qui les introduirait de façon crédible, à trop vouloir saisir la vérité des êtres à l’écart de leur statut de star d’une usine à rêve, le récit nous prive paradoxalement d’une véritable émotion. Certes, le poids des studios désirant formater Dean ou l’aspect vampirique de Scott mélangeant amitié et professionnalisme pour mieux laisser sa proie se dévoiler sont abordés, mais le rythme patine, et l’ennui s’invite plus souvent qu’à son tour.
Reste une émotion réelle : celle du générique de fin où apparaissent les fameux clichés, et ce rappel à la réalité, à savoir la mort de Dean 7 mois plus tard : dès lors, on comprend mieux ce désir de faire durer cette temporalité qui n’appartenait qu’à cette icône, refusant l’urgence et la facticité de son univers d’adoption pour vivre en accord avec son cœur, sans savoir que ses jours étaient comptés : c’est là l’essence même du mythe James Dean, et le rôle fondamental de la photographie : capter l’instant essentiel de l’éternité.
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Phantom Boy - 6,5/10

Messagepar Nulladies » Jeu 05 Nov 2015, 06:54

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Le tenace fantôme.

Du made in France qui fantasme un super héros dans New York grâce à une animation en 2D : le simple projet de Phantom Boy a quelque chose d’alléchant dans la galaxie de pixels qu’est désormais le divertissement destiné à la jeunesse.
Résolument à l’ancienne, le film se distingue tout d’abord par son esthétique ; cohérente, elle a le mérite de ne pas sembler fauchée ou entreprise par dépit, et représente une ville presque rétro, sur laquelle les envolées du jeune homme occasionne un surplomb fluide et magique, tout en lenteur immatérielle. Ici, point d’action à tombeau ouvert, tout est sous l’égide d’une présence fantomatique qui va feutrer les enjeux du récit. Car l’image est bien en adéquation avec l’intrigue, linéaire et banale entre toute (déjouer les plans d’un méchant mégalomane résolu à raser la ville), mais désactivée au point de coller avec des thématiques bien plus profondes.
Leo est en effet malade et passe le plus clair de son temps dans un hôpital. Les échappées de son corps lui permettent de ramener les autres malades en perdition fantomatique, mais aussi d’assister à la détresse que ses parents tentent de lui cacher quant à son état de santé. Il forme par la suite un duo avec un policier immobilisé en devenant ses yeux dans la ville aux prises avec le dangereux psychopathe : il n’est qu’un regard, incapable d’interagir. C’est là la beauté mélancolique du film que de laisser à l’enfant sa fragilité en dépit de son habilité magique : narrateur face à l’adulte, il constate et guide, il partage son imaginaire pour empêcher la propagation d’un virus informatique qui détruirait la ville.
Le parallèle avec son combat contre la maladie est certes évident, mais néanmoins subtil pour le jeune public auquel il s’adresse. Léo s’évade de son lit, convoque la figure du policier et de l’adulte pour mobiliser les forces vives à même d’éradiquer le mal.
Sans pathos excessif, avec pudeur et grâce à une animation singulière, Phantom Boy touche au but : c’est par la délicatesse d’une présence immatérielle qu’on circonscrit les plus grandes douleurs.
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Mon roi - 6,5/10

Messagepar Nulladies » Ven 06 Nov 2015, 10:23

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Hystérie of romance.

Maiwen est depuis quelques films en mesure d’affirmer une tonalité et un traitement suffisamment singulier pour qu’on la reconnaisse. Avec Mon Roi, elle se déleste de l’originalité d’un scénario (Le Bal des actrices) ou d’un univers singulier (Polisse) pour aborder de front le vrai du cœur humain, à travers la décennie passionnelle d’un couple. Contrairement à ce que la bande annonce laissait entendre, il ne sera point question d’événement hors norme, de crime ou de situation exceptionnelle. Seule la vaste et complexe question du couple importe. Dans le sillage des ainés comme Pialat et son indépassable partition cynique dans Nous ne vieillirons pas ensemble, ou du plus proche grand frère Kechiche et sa Vie d’Adèle, Maiwenn traque les instants de vérités qui font que l’amour surgit, se dilate, se rompt, se renoue et se déchire.
Les modèles sont, il est vrai, particulièrement encombrants, et il est aisé de fustiger les écueils qui peuvent émailler le projet d’ensemble. Commençons par reconnaitre à quel point la réalisatrice parvient à obtenir de ses comédiens l’authenticité qu’elle convoite. La restitution des débuts du couple voit ainsi le magnétique Vincent Cassel tout ravager sur son passage avant d’offrir une part plus sombre et incontrôlée de son personnage, tandis que l’enthousiasme et la confiance croissants d’Emmanuelle Bercot (prix d’interprétation à Cannes) achèvent de rendre crédible ce couple enthousiaste.
Les rires, la danse avec la vie et les élans anarcho-poétiques sont d’une authenticité rare, et en écho avec un présent de narration qui, s’il est répétitif, est tout aussi attachant : dans un centre de rééducation, la femme répare ses blessures physiques autant qu’elle panse ses souvenirs douloureux, entourée d’une bande de jeunes qu’elle n’aurait jamais fréquenté autrement, et qui parviennent à redonner le goût à la vie.
Mais Maiwen, on le sait, ne fait pas dans la dentelle : il lui faut des vitres brisées, des situations extrêmes pour trouver écho à ses propres démons. C’est là que le bât blesse. A trop vouloir fouiller dans la crise et la déchirure, la frontière avec le grotesque devient ténue. La scène de crise d’hystérie de Toni face aux amis de son mari a beau vouloir lorgner devant les plus grands moments de Cassavettes dans Faces ou Une femme sous influence, l’embarras est davantage du partagé par les spectateurs que les personnages.
C’est cependant une brèche un peu trop facile pour descendre le film en flèche. Il est ainsi surprenant de constater qu’en dépit de sa longueur et de la répétition de ses motifs (rupture, retrouvailles, déchirures…), on ne s’ennuie pas, et la gestion des ellipses pour appréhender cette décennie est tout à fait convaincante.
Tout est là : Maiwenn n’est certes pas encore dans la cour des grands, et à l’image de Dolan et des attachantes crises de Mommy, peut irriter autant qu’émouvoir. Mais il reste cette vérité brute que tant d’autre ne parviennent à restituer : de ce fait, ses maladresses semblent le prix de son authenticité.
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Crazy Amy - 3/10

Messagepar Nulladies » Sam 07 Nov 2015, 07:45

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Dieu que la bourre est triste

Puisqu’ils n’en prennent pas, évitons d’enfiler des gants pour dire tout ce que cet étron a de détestable.
Appatow est un réalisateur qui m’avait séduit, lorsqu’il nous gratifia des pochades « 40 ans, toujours puceau » et du déjà plus convenu « En cloque, mode d’emploi ». Une certaine irrévérence, un travail sur le dialogue, des acteurs au cordeau, dont émergea le désormais déjà fatigué Seth Rogen.
Il fallait certes passer par une grossièreté assumée, mais qui avait le mérite de décaper le glacis traditionnel américain pour montrer des couples face aux réalités triviales, perspectives qu’on retrouvait à mesure que le réalisateur vieillissait, de Funny People à 40 ans mode d’emploi.
La fatigue est désormais revendiquée : Appatow n’écrit plus et passe le relai à Amy Schumer, de tous les plans, et qui va, à la manière de l’haïssable Obvious Child, plaquer ses sketches sur un film qui, comble de supplice, VA DURER 2h08.
Le comique trash, c’est mettre Auschwitz dans une boule de neige touristique, parler de ses flux menstruels abondants ou d’une capote collée à l’utérus, le tout débité par une blonde qui, mystère insondable, parvient en dépit de sa vulgarité et de son faciès de peluche botoxée à se farcir la totalité de New York.
Chaque situation est l’apéritif d’une vanne qui tombe à plat, rien n’est drôle, rien ne fonctionne. On est consterné de voir à quel point toutes ces perles de clichés semblent brandies comme des innovations audacieuses : madame boit beaucoup, elle n’aime pas les enfants, ne veut pas s’engager, travaille dans un magazine qui fait des articles méchants. Les inversions, moteur traditionnels du comique, sont aussi ici aussi pathétiques qu’inefficaces : c’est l’homme qui rappelle dès le lendemain, les tendances homosexuelles du culturiste, la star de basket est fleur bleue…
Et, personne ne l’aura vu venir, madame va rencontrer un médecin wasp qui va lui faire miroiter les vraies valeurs qu’on va nous vendre à grands coups de burin bien lubrifié, avec guests à la pelle (si vous vous infligez le film, arrêtez avant l’affligeante « intervention » de LeBron James, Mathew Broderick et un mec apparemment connu du sport dans leur propre rôle), Madison Square Garden en sponsor officiel, pom pom girls et Cie.
Papa va mourir, ma sœur va se fâcher, mais tout rentrera dans l’ordre.
Qu’on propose ce film dans les cellules encore actives de Guantanamo pour punir les ennemis de l’Amérique, passe encore.
Mais qu’on nous le présente comme un divertissement censé nous faire rire, voilà de quoi susciter un vent de révolte.
Ou de panique.
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Re: [Nulladies] Mes critiques en 2015

Messagepar nicofromtheblock » Sam 07 Nov 2015, 10:37

Moi, je le verrai avec confiance : Amy Schumer est la meilleure comique américaine actuelle à mes yeux ...
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Seul sur Mars - 7/10

Messagepar Nulladies » Dim 08 Nov 2015, 06:46

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La pomme de terre vue du ciel.

Lorsqu’un cinéaste s’attaque à l’éternel silence des espaces infinis qui effrayait déjà Pascal, il tombe sous le poids d’une gravité insoutenable, celle du 2001 de Kubrick. On en a déjà beaucoup parlé fin 2013 avec Gravity, puis fin 2014 Interstellar.
Fin 2015, donc, Ridley Scott embarque pour l’espace, et l’on se surprend agréablement à ne pas mentionner l’encombrant ancêtre, malgré les belles stations spatiales, les intérieurs laiteux aux courbes harmonieuses et le ballet des corps en apesanteur.
Pour une raison essentielle et qui fait toute la réussite de ce film : il ne s’agit pas ici de faire du décor le motif à un questionnement dans lequel on révélerait ses limites. Point de symbolique pesante (la naissance fœtale et la mort dans Gravity), point de philosophie gloubi-boulgesque (le destin, le temps et l’amour dans Interstellar), mais un film d’aventure, une réjouissante robinsonnade qui aurait mis de côté la complexe philosophie du solipsisme qu’avait par exemple ajoutée Tournier dans ses Limbes du Pacifique.

Et Scott d’ajouter, avec son équipe, ces ingrédients d’une simplicité si confondante qu’on en avait oublié l’existence : des choses en MOINS.
Pas de méchant, pas d’histoire d’amour, presque pas de famille.
De ce point de vue, la bande-annonce était sacrément trompeuse, et pour une fois dans le mauvais sens : le montage (à 2’31 dans cette version) laisse entendre une famille restée sur terre, alors qu’idée de génie, il n’en est rien. Notre botaniste peut se consacrer à l’essentiel, survivre, et comme c’est un américain et qu’on a pour une fois bien envie de le suivre, avec la décontraction et le sens de la classe inhérente à sa race lorsqu’elle est brossée par Hollywood.



Cet humour, voire ce dilettantisme, pourraient être des motifs d’irritation. Il n’en est justement rien. Parce que cette forme est au service d’un fond bien excitant : la suite de résolution de problèmes, sous le coup d’une vulgarisation scientifique à l’enthousiasme tout à fait communicatif. Bien entendu, les traits sont gros et les solutions improbables par moments, mais le plaisir l’emporte. Le montage parallèle entre la Terre et Mars pour montrer la collectivité au service de solutions, voire ce vœu utopiste de voir se joindre la Chine à ce sauvetage interplanétaire contribuent à une atmosphère presque inédite à laquelle on a envie d’adhérer.

Car cet élan motivé se retranscrit aussi dans la mise en scène, qui parvient à doser savamment les trois pôles Mars/Terre/Espace, nous rassasiant d’images en apesanteur pour mieux nous confronter à une atmosphère à suivre. Et si le primat est accordé à un Matt Damon esseulé, le recours aux caméras embarquées et au journal de bord dynamisent de façon pédagogique et ludique son parcours.

Certes, nous aurons droit à des américains qui applaudissent dans leur salle de contrôle tous les quarts d’heure, d’un sens de la solidarité et de l’économie qui laissent dubitatifs, et d’un recours à une bande son disco qui laisse penser qu’on voudrait retrouver la formule gagnante des Gardiens de la Galaxie.

Mais on fera avec. Seul sur Mars est une excellente surprise, le clin d’œil d’un vieux briscard qui s’est plus d’une fois embourbé dans ses propres grosses machines, et retrouve avec malice la fibre qui manque tant au cinéma des dernières décennies : faire de nous des enfants.
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