[Velvet] Mes bafouilles lunaires 2016

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Toni Erdmann - 7/10

Messagepar Velvet » Dim 21 Aoû 2016, 11:53

Toni Erdmann de Maren Ade (2016) - 7/10


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Dans la jungle du capitalisme qui s’abat sur la plupart des pays européens déambulent de nombreux spécimens aliénés. C’est alors qu’on y trouve Winfried Conradi, une sorte de Teddy Bear des cavernes et sa fille Ines Conradi, un dauphin devenu requin de la maintenance financière. Loin des yeux, loin du cœur comme le veut l’adage : l’ambition professionnelle, le rythme de vie, les relations sociales, la géographie, l’humour. Beaucoup de choses séparent ces deux êtres qui se fourvoient dans les pérégrinations de leur quotidien. Avec Toni Erdmann, Maren Ade met en scène non pas un film drôle mais plutôt un drôle de film sur la relation sourde et muette entre un père et sa fille. Car même si la réalisatrice a parfois les yeux plus gros que le ventre dans son désir à faire fusionner les genres et à vouloir faire courir son récit sur plusieurs pistes (satire sociale, comédie burlesque, drame familiale), Toni Erdmann s’avère à bien des égards un tour de force qui puise sa fascination dans sa direction d’acteurs formidable mais surtout dans sa concomitance thématique principale : le réel et l’artifice.

Avec un décorum urbain et une mise en scène sèche à la Lars Von Trier qui se rapprochent du documentaire naturaliste dans la représentation de son environnement et la minutie des liens sociaux, Maren Ade crée une œuvre fleuve, longue de 2h45 qui étire le temps, allonge les scènes au maximum pour discerner le vrai du faux, faire exploser l’hypocrisie des mots et du langage corporel. Et c’est là toute la beauté de l’œuvre où l’empathie gagne un capital sympathie foudroyant : chaque scène peut paraitre aléatoire ou même dérisoire mais la banalité de la vie contient en elle-même une faculté à nous questionner sur les intentions hypocrites et franches qui nous unissent les uns aux autres. L’artifice de l’humour est-il le miroir d’un manque ? Toni Erdmann n’est pas révolutionnaire en soi, même un peu convenu avec ses moments « obligés » mais utilise un humour peu récurent, une humanité où la fiction devient invisible, une drôlerie non immédiate : non pas celle du rire mais celle du malaise.

Autant pour les personnages que pour le spectateur qui se met à rire jaune devant des actions ubuesques qui tirent leurs sèves de cet entre-deux perpétuel : la recherche de la vérité du temps qui passe. Comme en témoigne cette fameuse séquence aussi absurde que froide où Ines mange un petit-four recouvert du foutre de son amant. A travers ce père qui déboule dans la vie bien mouvementée de sa fille, ce n’est pas seulement Winfried, mais c’est aussi Maren Ade qui caractérise une quête quasi ethnologique par le prisme du personnage de Toni Erdmann, faux agent free-lance qui n’est autre que Winfried avec une perruque et des fausses dents ridicules. Certes, la subtilité n’est pas toujours le maitre mot d’une œuvre qui aime enfoncer des portes ouvertes dans son exploration du consumérisme des mœurs et dans le libéralisme professionnel, dans sa volonté de nous asséner de façon bilatérale la distance entre la violence économique qui se confronte à la niaiserie d’une rencontre (séquence sur le chantier) mais Maren Ade nous tombe pas dans le piège de la simple dénonciation ou de la bluette comédie familiale.

C’est même plus tendancieux et fascinant que cela : Toni Erdmann n’est pas une ode à la famille, ne glorifie pas le bien être mais le cherche sans le découvrir. La belle fresque familiale que certains nous vendent n’est autre qu’un reflet amer, une douleur pessimiste sur le cycle de la vie où la roue tourne encore et encore sans que les choses ne changent. Le temps passe, les morts s’additionnent, les accolades cyniques sont légion mais la solitude reste la même devant l’impuissance nihiliste de la rencontre avec soi-même malgré une mise à nue salvatrice, au sens propre comme au figuré. Lors d’une dispute entre les deux, Ines expliquera avec désinvolture que l’humour de son père et ses artifices ne pourront pas empêcher sa fille de sauter par la fenêtre si elle en avait envie. Le génie de Maren Ade est là, celui de détourner les rires pour en faire des larmes dans une confrontation sombre qui n’aura aucun vainqueur entre un clown triste et une entrepreneuse avide de carrière.
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Note: 7,5/10
Auteur: Nulladies

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Batman Begins - 7,5/10

Messagepar Velvet » Sam 27 Aoû 2016, 15:32

Batman Begins de Christopher Nolan (2005) - 7,5/10


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Il n’est pas aisé de reprendre le flambeau de la saga Batman et les fondations du mythe du justicier masqué même si la dernière apparition cinématographique de Batman datait du catastrophique Batman et Robin de Joël Schumacher. Le réalisateur du revigorant Memento se donne les moyens d’enflammer la légende et crée avec cette nouvelle adaptation, une œuvre sombre qui redore le blason de Bruce Wayne, avec l’aide du charismatique Christian Bale. Même si Christopher Nolan dessine les contours d’un film de super héros, il a compris qu’il fallait s’engouffrer dans la psyché de son protagoniste pour mieux dessiner les traits du super héros : il était donc inéducable de bâtir l’introspection de Bruce Wayne. Batman Begins est un récit initiatique à l’atmosphère pesante, froid dans son réalisme esthétique, peut-être trop rigide dans son iconisation, qui déflore Bruce Wayne dans ses entrailles et son envie de mettre la cape pour aider ses concitoyens.

Dans cette optique, notamment dans la première partie de son film, Christopher Nolan utilise un montage alterné entre les différentes étapes du passé de Bruce Wayne avant que celui-ci ne revienne réellement à Gotham : entre les souvenirs de sa jeunesse et la mort de ses parents, son entrainement avec la Ligue des ombres, le procès du meurtrier de ses parents. Et par cette avalanche d’informations qui construisent et hiérarchisent la pensée de Bruce Wayne dans une parfaite maitrise cinématographique de l’espace-temps, entre réflexion intime et apprentissage ninja, Batman Begins avance ses pions pour recentrer son débat sur le fil rouge même de l’œuvre : le visage de Batman. Quelle voie doit-il suivre ? Etre un justicier masqué ou un vengeur masqué ? Laisser place à la colère ou être digne d’une mission ? Faire souffler le chaos ou aider l’humanité à renaitre de ses cendres ? The Dark Knight et The Dark Knight Rises évoqueront cette notion avec la même puissance mais le thème central de la justice et sa vocation à coordonner les libertés de la société est le maitre mot d’une trilogie qui redéfinira l’aura même du super héros quant à ses motifs actuels (terrorisme, post 11 septembre) : incruster l’homme masqué dans son environnement sociétal et redéfinir sa place arbitraire.

Batman Begins, outre le fait de se pencher sur les affres psychologiques de Bruce Wayne est aussi et surtout l’hégémonie de Batman : c’est-à-dire la matérialisation de son costume, la puissance de son arsenal et de toute sa panoplie de gadgets, sa capacité à combattre puis sa volonté d’éradiquer un ennemi à la fois individuel et collectif : la peur insufflée par le quotidien ou par la corruption. Peur de ne pas être digne de son père, celle des chauves-souris, celle de voir la société tomber en ruine dans l’émiettement de son Etat de droit où la pègre domine par le pouvoir toutes les strates policières et judiciaires de la cité de Gotham. Batman Begins est un film d’une richesse éclatante qui a le mérite d’offrir une importance toute particulière à chaque personnage.

Personnages, qui comme souvent chez les Nolan, sont vecteurs à identification et à valeurs narratives : comme Alfred qui est le garant de la noblesse du nom des Wayne et le défenseur des valeurs prônées par la famille. Que cela soit Gordon, Rachel, Alfred : Christopher Nolan les caractérise intrinsèquement et ont tous un rôle à jouer dans l’avènement du Batman. Mais quand on voit l’intelligence de l’écriture d’un Memento, il était évident que Batman Begins allait réussir à faire cohabiter toutes ses données. Mais Batman Begins n’est pas qu’un simple film à thèmes : avec la qualité de ses interprètes, la densité pessimiste de ses dialogues, la beauté grisâtre de sa photographie, son mélange des genres visuels (thriller comme horrifique), Christopher Nolan dévoile un divertissement plaisant qui mêle aussi bien la tension des scènes d’actions et le suspense de la menace qui pèse sur Gotham.
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Nocturama - 8/10

Messagepar Velvet » Ven 02 Sep 2016, 13:20

Nocturama de Betrand Bonello (2016) - 8/10


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Deux des commanditaires de l’attentat perpétré dans Nocturama, deux étudiants, sont assis dans un restaurant et discutent sur la chute de la civilisation, l’ennemi intérieur et des modalités du concours Science Po, à savoir la méthodologie de la dissertation : deux grandes parties et deux sous parties chacune : une première sous partie qui définit le sujet, une deuxième qui l’explique, pour par la suite l’étirer à son paroxysme et le contredire dans un troisième acte et finir par un argument amoral quitte à tout remettre en cause sous forme de conclusion. Et par ce prisme discursif, Bertrand Bonello nous présente alors le visage de l’architecture de son film qui se divisera entre le passage à l’acte avec tous les préparatifs que cela occasionne et la dissimulation de toute la bande dans un grand magasin parisien en pensant se faire invisible afin de regagner la lumière lors du lever du soleil. De par son sujet et l’actualité qui jalonnent notre pays, Nocturama est une œuvre prégnante mais qui a le mérite de ne jamais paraitre opportuniste dans son appropriation du réel.

Certes Nocturama s’insère dans un quotidien qui est le nôtre en prenant en otage la ville de Paris et en nommant nos dirigeants par ceux de l’actuel quinquennat (« Valls ») mais empêche toute confusion avec le spectre de la revendication islamiste ou religieuse : que cela soit par ses protagonistes ou par l’interférence des médias, l’attentat n’aura aucune revendication propre, ni de volonté au meurtre de masse (l’attentat en question n’en est pas un), ni de motivations explicites sauf que tout le monde s’accordera à dire, comme en témoigne la jeune femme avec son vélo (Adèle Haenel) : « que cela devait arriver ». Bien que Bertrand Bonello se servira de quelques dialogues pour donner des pistes sur le désarroi qui pousse à l’action, le réalisateur ne préfèrera pas s’aventurer dans un message politique féroce quitte à se montrer un peu lâche mais sait où il met les pieds.

Il fera de Nocturama un cri de rage adolescent, une façon de rassembler la jeunesse de France dans le nihilisme avec tout cela comporte comme diversité culturelle et sociale : ils sont libres, égaux et fraternels devant la violence et la perte d’innocence. Il est bien là le message de Bonello : panser les plaies de la jeunesse, lui offrir une identité commune, casser les codes du communautarisme ambiant et nauséeux avant de la conduire à faire n’importe quoi. Nocturama se détache d’une œuvre récente comme Made in France mais se rapproche plus d’Elephant de Gus Van Sant, de Polytechnique de Denis Villeneuve ou même surtout de Night Moves Kelly Reichardt. Car avant d’être un vrai pamphlet politique, qu’il n’est pas forcément dans ses contours, Nocturama est une ode à la jeunesse, à son évanescence et est la création d’un cinéaste hors pair dans la captation de l’espace et du temps : deux paramètres qu’il affectionne parfaitement. A l’image du montage organique affiché dans Saint Laurent, la première partie de Nocturama est quasiment muette (trente première minutes) et échelonne sa mise en scène comme un pur cinéma de mouvement : comme si l’immobilité était synonyme d’insécurité et de repérage.

Par le mouvement, par cette densification des points de rencontre, ces innombrables arrêts de métros, cette diversification des objets recoupés, Nocturama dévoile son antre : un acte orchestré à la minute près avec la synchronisation des montres et des téléphones par le biais des photos, et qui caractérise chaque personnage non pas par leur personnalité mais par leur utilité dans l’opération en elle-même. Et c’est tout bonnement impressionnant de maitrise autant dans son rythme que dans son dynamisme visuel : le film étale sa tension mortifère sous le poids de la culpabilité et de la peur des visages crispés des « terroristes ». Si le film emboîtera le pas de cette course contre la montre avec des flash-backs fins et non moralisateurs, Nocturama continuera sa trame pour enfin toucher au but : l’explosion. Puis Nocturama, avec une rupture brute, passera de l’action à l’attente, changera d’apparence et deviendra un film d’enfermement adolescent, proche de certains procédés de la télé réalité, dans la prison dorée et paradisiaque d’un magasin de luxe : où l’explosion de peur devient l’explosion de joie dans une sorte de Breakfast Club sans le côté teenage movie.

Si Bonello s’intéresse à cette jeunesse de martyrs, son cinéma n’est en aucun cas formaté teenage movie mais son discours est celui du cinéma pur et dur. Cette deuxième portion de film peut sembler moins anxiogène (malgré son final survival musclé et intransigeant), monotone dans son évocation du malaise mais elle est également parfaitement orchestrée et étale toujours sa dénaturation d’un cinéma en mouvement captivant : on se retrouve en terrain connu chez Bonello avec une bande d’individus cloisonnés dans un espace confiné : comme les putes dans l’Apollonide ou le personnage de Tiresia dans le film éponyme. Bonello ne révolutionne pas son monde mais ne souffre d’aucune facétie et offre des purs moments de poésie, de joie collective, les affres d’une tension puérile, et met un nom sur des émotions : une libération de personnalité qui immerge, la possibilité de se redéfinir, de faire surgir l’humain derrière le masque de la haine avant l'extinction et faire naitre l’empathie sous le feu de l’irrationnel : son immoralité est là comme durant cette très belle scène de communion et de danses communes avant le Jour J.
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Juste la fin du monde - 3,5/10

Messagepar Velvet » Ven 14 Oct 2016, 12:35

Juste la fin du monde de Xavier Dolan (2016) - 3,5/10


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La famille. Quelle plaie. Ces réunions de famille où chaque membre d’une même lignée se regardent avec ce sentiment schizophrène qui mêle le plaisir et l’hypocrisie. Ces gens qui s’aiment mais ne se connaissent pas. Ces personnes à qui on devrait avoir le plus confiance mais à qui il est difficile de dire les choses les plus intimes. C’est la famille : une zone de non droit, un lieu de confiance confus où chacun met un masque pour devenir anonyme. Une collectivité qui mêle à l’isolement. Là-dessus, Xavier Dolan connait le socle de la famille, il en souvent parlé que cela soit dans J’ai tué ma mère ou Mommy. Cette fois ci, il agite sa crise familiale avec un mélange qui laisse perplexe, proche de l’incompréhension totale : celui de voir un spectacle d’une grande petitesse, ahurissant de fausseté tant par le cabotinage abominable de ses acteurs que par ses quelques lignes de dialogues lénifiantes qui se superposent heureusement à des moments de tensions sourdes, des instants silencieux où le jeune québécois se fait magistral. C’est là que se révèle toute la noblesse du cinéma de Xavier Dolan. Son cinéma exulte, il exhume les sentiments.

En tant qu’auteur, il ne se positionne jamais dans une démarche analytique mais affiche ses lettres de noblesse dans l’apanage de la passion. Lui, comme son art, a cette volonté d’aimer, d’être aimé aux yeux des gens. Sauf que ce dessein est à double tranchant et demande une caractéristique primordiale : la sincérité. Malheureusement, Juste la fin du monde en manque beaucoup. Xavier Dolan parle du fait que le tournage s’est fait à l’énergie, comme si tout ce petit microcosme était happé. Mais avant d’être un réalisateur esthète ou d’être un scénariste, il est avant tout un excellent directeur d’acteur : comment ne pas pleurer devant les prestations de Suzanne Clément ou de Melvil Poupaud dans Laurence Anyways. Et de ce côté-là, Juste la fin du monde est une catastrophe incommensurable : Léa Seydoux qui est aussi crédible en rebelle que Christine Boutin en playmate, Nathalie Baye, peinturlurée comme jamais et qui ressemble à Tata Suzanne qui ferait le tapin aux bois de Boulogne pour finir ses fins de mois.

Mais la palme du naufrage revient à Marion Cotillard et son bégaiement frénétique jouant la femme timide et soumise : elle aurait pu la jouer sobre et mystérieuse mais elle préfère se mettre dans la peau d’une Cotorep en phase terminale comme si elle avait maté Dustin Hoffman en Rain Man durant près d’un an sans relâche. Putain de cinéma français populaire qui fait de Juste la fin du monde un All Star Game du cabotinage. On a plus qu’à prier pour que Guillaume Gallienne ne travaille jamais avec Xavier Dolan. Par peur de voir l’humanité s’éteindre.

Le métrage ne fonctionne pas, la mayonnaise ne prend que très rarement, avec parcimonie, dans un récit qui cumule les moments de malaises, qui ne défriche jamais la profondeur des identités en question. La fraternité, l’homosexualité, la distance, la revanche, tout cela est trop mince, trop cadenassé dans une œuvre qui joue sur les non-dits préférant alors s’aligner sur des conciliabules vains. Xavier Dolan est un cinéaste qui doit être en pleine possession de sa liberté créatrice à défaut d’exposer la superficialité de sa posture. Juste la fin du monde souffre du même syndrome que Tom à la ferme : celui de voir une intrigue qui tire en longueur, qui n’est qu’une accumulation de vignettes où la poésie se fait grotesque, et qui s’empêche de dénicher ses propres étincelles par ses creux scénaristiques insipides. Juste la fin du monde est mal ventilé : autant par son montage pachydermique que par son manque de rythme, de folie. Mommy était une montagne russe, alors que Juste la fin du monde est un encéphalogramme plat.

Et Xavier Dolan est comme prisonnier de chaines dont il n’arrive pas à se dépêtrer : l’exercice de style ne lui convient pas. Certes, il est plus sage dans sa mise en scène, se fait moins outrancier dans ses effets esthétiques mais cette absence de flagornerie stylistique enlève bizarrement une partie de sa personnalité cinématographique. Cette humilité dans l’exécution ne convient pas au personnage : comme si cette forme de passage à l’âge adulte était un palier difficile à atteindre pour le canadien. Pourtant, Xavier Dolan n’a pas tout perdu, sa superbe est toujours présente notamment dans ses flash-backs qui font office de respiration ou dans ce final hystérique aussi émouvant que terrifiant qui voit le grand frère se sacrifier dans l’esprit de la famille pour sauver son petit frère de la dissimulation ; sa sœur et sa mère de la révélation. C’est simple et beau. Mais trop rare pour épaissir un film bien maigre. Juste la fin du monde est comme son personnage principal : il n’existe quasiment pas, il est spectateur et se fait le miroir d’un beau ratage alors qu’il voulait être maître de la situation.
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Film: Juste la fin du monde
Note: 5/10
Auteur: Nulladies

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Captain Fantastic - 7/10

Messagepar Velvet » Ven 14 Oct 2016, 12:40

Captain Fantastic de Matt Ross (2016) - 7/10


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Aussi difficile que cela puisse paraître, Matt Ross arrive parfaitement à se sortir du piège idéologique que pouvait lui imposer un film tel que Captain Fantastic. Le film, d’ailleurs, fait l’effet d’une pop song rêveuse qui matérialiserait une rencontre impromptue entre la sève baroque de Sufjan Stevens et la pesanteur atmosphérique d’un groupe tel que Sigur Ros : un vent de fraicheur qui symbolise la liberté, un don filmique pour dépasser les caricatures et s’adonner au thème tant recherché qu’est celui de l’identité où mère nature devient une salle de classe. Dans Captain Fantastic, la notion même d’exister est plus imagée qu’à l’accoutumée : vivre, c’est tuer ou être tué comme essaye de l’apprendre Ben, à ses nombreux enfants.

Lui et sa petite tribu vivent dans un amont forestier, entouré par la végétation et isolé de la société de consommation comme nous la connaissons. Déscolarisés, les enfants lisent de la grande littérature, apprennent à débattre sur des sujets hautement philosophiques, parcourent les bois en courant comme s’ils faisaient partie d’un commando d’élite, se battent avec des couteaux, jouent de la musique pour ressentir les joies d’une certaine forme de communication et mangent ce que la nature leur apporte dans sa pureté la plus stricto sensu. Dans son imagerie bohême, où la primitivité devient une forme d’élitisme et où la modernité un fardeau aliénant, Matt Ross suit une sorte de cahier des charges mettant en place l’univers utopique et artistique du parfait petit altermondialiste. Environnement cinématographique qui pourrait en rebuter plus d’un mais dont les traits parfois forcés, « indie » formatés Sundance, sont judicieusement réfléchis et forts dans leur utilisation de l’humour pour éviter à l’œuvre d'être qu’un pamphlet moralisateur. A l’annonce de la mort de la mère de famille, ils décident d’aller à ses funérailles malgré la menace du grand père de faire arrêter Ben par la police, avec comme préjudice de perdre la garde de ses enfants.

La grande force de Captain Fantastic, outre son casting et son aspect faussement DIY dans sa réalisation humble et lancinante, c’est la double dualité qui l’accompagne durant tout son périple : d’un côté prendre le visage d’une mosaïque colorée voire bariolée qui aime détruire avec roublardise et flagornerie le fantasme de l’éducation et de l’appropriation de soi Américaine et puis de l’autre, faire suinter de cette perfection aussi libertaire que sectaire, une mélancolie « conformiste » face à l’irrévérence malaisante de la situation. Pour preuve, sous la couche imposante de ce gentil conte initiatique, Matt Ross n’oublie pas de nuancer son propos et d’inscrire son récit dans une réelle réflexion sur l’éducation et la possibilité de l’intransigeance quant au dépassement de soi même : Captain Fantastic c’est un peu comme si Wiplash avait chahuté avec Little Miss Sunshine tout en s’appareillant du vestige hippie. Alors que Captain Fantastic cajole sa petite troupe et aime lancer des petites piques sur le déclin américain à l’image de la bêtise crasse de la jeunesse actuelle ou de la corpulence dégoulinante du peuple étasunien, Matt Ross ne confond pas critique facile avec manque de recul. Et même si l’analyse qui s’installe de cette introspection familiale et les valeurs qui en découlent parait parfois entre deux eaux, le réalisateur vise aussi les propres défaillances de l’anti système où le savoir récité à la perfection devient une machine à déshumaniser et où la connaissance devient un étalage gargarisant pour freaks endimanchés.

Et là, dans l'acclimatation de ce petit groupe attachant, auquel chacun a droit à une vraie caractérisation, se pose l’ultime question : passer de la théorie au passage à l’acte, se défaire des bouquins pour tenter l’expérimentation : de l’amour, de la société ou même de l’individualité. Le réalisateur, qui trace un portrait aussi anxiogène que bienveillant de ce père au « foyer », incarné par le non moins incroyable Viggo Mortensen, a conscience de la difficulté de son préposé : notamment par le biais de cette référence à l’œuvre Lolita de Nabokov : faire aimer une certaine forme d’immoralité, d’inconscience. Et c’est alors que le film prend une autre tournure et c’est dans les yeux de Ben qu’on se perd. L’interrogation, la culpabilité qui malgré la fierté d’avoir essayé de les faire grandir et d’en faire des êtres uniques, des « philosophes rois », il est devenu tout ce qu’il ne voulait pas qu’il soit : une entrave à leur liberté. Et même si la toute fin du film rebrousse chemin et retourne un peu sur ses pas et unifie les deux versants d’une même société, Captain Fantastic prend aux tripes et déverse alors une émotion sincère improbable avec comme plus grande victoire : nous faire aimer cette bande de freaks.
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Mademoiselle - 7/10

Messagepar Velvet » Dim 18 Déc 2016, 09:55

Mademoiselle de Park Chan Wook (2016) - 7/10


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Sous couvert d’un jeu de duperie où l’arnaque change constamment de propriétaire (la servante, l’héritière, le prétendant), la nouvelle œuvre de Park Chan Wook se mue en un objet filmique difficile à déchiffrer. Difficile non pas dans son intrigue, qui malgré ses nombreux retournements de situations s’avère assez ludique dans son orchestration qui arpente le genre du thriller et parfois même brillante dans son chapitrage en trois parties, tout en assimilant idéalement les enjeux moraux qui entourent ses protagonistes mais difficile dans la compréhension de la pensée de Park Chan Wook et sa position quant à ses personnages : quelle est la portée de son message. Est-ce que Park Chan Wook est un véritable manipulateur un peu pervers qui aime les histoires un peu potaches ou un véritable cinéaste féministe qui égratigne l’imagerie sociale et érotique d’une société un brin archaïque ? Un peu des deux peut être. Un vilain défaut comme une très grande qualité. Et c’est ce qui rend Mademoiselle assez flou et intriguant dans sa finalité.

Si l’on voulait être un brin caricatural dans le jugement cinématographique, on pourrait dire que Mademoiselle est un doux mélange entre La Vie d’Adèle et Gone Girl : un film où l’imagerie sociale n’est que le théâtre des vraisemblances et des mensonges, où l’inimité entre coréens et japonais se cristallisent, où la relation entre les hommes et les femmes se fait carnassière et parodique pour voir s’acheminer un érotisme lesbien aussi torride que sensuel. Comme à son habitude, la poésie visuelle est de mise dans cette mosaïque de plans qui s’emboitent comme une suite de tableaux tous plus luxuriants les uns que les autres. Même si le réalisateur, parfois, divague dans des mouvements de caméra chichiteux, certes stylistiques mais inutiles, Mademoiselle est un écrin esthétique rare, retranscrivant avec magie les détails des années 30 grâce à une direction artistique voluptueuse.

Comme déjà énoncé auparavant, Mademoiselle est avant tout un jeu, un récit d’escroquerie où va se mêler confusion des sentiments et ironie psychiatrique. De par son architecture où le montage et le rythme se subliment, le réalisateur donnera le point de vue de chacun de ses personnages et permettra alors de dévoiler au compte goutte ses secrets les plus sombres comme ce sordide « sous-sol ». Tout comme dans Thirst, où la mort et l’éducation sexuelle ne font qu’un, le réalisateur amènera avec habilité et flagornerie un humour décapant assumant son aspect outrancier et sexuel comme en témoigne cette tirade chevaleresque en plein ébat « si j’avais du lait dans les seins, je vous nourrirai ». Mais à force de s’amuser, on ne sait pas trop où s’arrête les règles du jeu de ce thriller érotique aussi sadique que saphique qui ne cesse de rabattre les cartes de sa destinée.

Malgré des coups d’éclats émotionnels renversants et des envolées sincères comme celles qui voient Sookee pleurer la « tentative » de suicide d’Hideko ou la voir écorner et noyer tous les manuscrits de lectures sadiennes, Mademoiselle a du mal à se dépêtrer de son postulat manipulatoire en poupée russe pour réellement épaissir ses entournures qui délaissent la violence sanguinolente pour s’aventurer dans les affres d’une sexualité féminine débridée. Mais l’esbroufe n’a qu’un temps notamment au regard de cette dernière séquence maline : qui derrière sa fantasmagorie gratuite, décèle le véritable visage de la victoire : la femme jouit et l’homme se meurt. Mais c’est peut-être cela la véritable portée de Mademoiselle. N’être qu’un jeu, une farce qu’il faut dépecer de son sérieux pour se laisser convaincre par son envie gigogne et jouir de ses entrailles guignolesques où le bruit des boules de geisha sonnent le glas de la vengeance au clair de lune.
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Premier contact - 8/10

Messagepar Velvet » Dim 18 Déc 2016, 10:16

Premier Contact de Denis Villeneuve (2016) - 8/10


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Les nouveaux visages du cinéma Hollywoodien se mettent subitement à la science-fiction. Cela devient-il un passage obligé ou est-ce un environnement propice à la création, au développement des thématiques ? Après Midnight Special de Jeff Nichols, c’est Denis Villeneuve qui nous offre sa vision du cinéma de genre. Se pose une question dans l’œuvre de ce dernier : Un cadeau est-il une chance ou un fardeau ? Difficile d’identifier la réelle portée de cette offrande surtout quand l’avenir qui en découle devient plus clair et palpable. Les pièces du puzzle se rassemblent, comme dans le mindfuck qu’était Enemy. Ce qui était en vrac devient linéaire. Ou alors c’est le contraire : le début et la fin n’ont plus d’emplacement précis. Premier Contact parle de l’incompréhension, et de l’importance du langage. Un mot, un signe et c’est le futur du monde qui vole en éclat. Derrière le naturalisme de notre époque qui cohabite avec des contrées de science-fiction extraterrestre, Premier Contact se veut économe dans ses envolées fantastiques et met l’humain au centre du sujet.

Bien évidemment, l’aspect science-fictionnel est présent d’un point de vue visuel avec ses vaisseaux à la technologie subtile et ses extraterrestres heptapodes géants qui s’expriment par leur tentacule dont l’encre dessine des cercles dont la symbolique fera sens mais Premier Contact est lancinant, casse souvent sa rythmique pour s’appesantir sur la communicabilité entre deux espèces bien distinctes. Malgré l’opposition, la dualité des forces et la différence dans le rapport de grandeur, Premier Contact joue sur la compréhension plutôt que l’affrontement armée. Même si l’œuvre de Denis Villeneuve contient un contexte politique volcanique qui engrange la peur de l’autre, elle enlace le même chemin de traverse que celui engagé par Sicario : l’humain sort des carcans des institutions à des fins globales mais aussi pour réparer le temps qui s’achemine : où l’individualité de l’humain dessine les contours de sa propre condition. Avec sa construction pyramidale et sa montée en puissance finale, Premier Contact n’est pas éloigné d’une influence qui saute aux yeux : celle du cinéma de Christopher Nolan. Vocabulaire poussé, sérieux omniprésent, explication bavarde, méticulosité intimiste dans l’approche de la science humaine et de ses possibilités mécaniques,

Premier Contact prend le cinéma de genre à contre courant avec sa répétitivité stratifiée et a cette grande qualité de rendre réaliste le spectacle qui s’inscrit devant nos yeux. Mais tout comme Interstellar, Denis Villeneuve lève les yeux au ciel et fait un saut de foi qui pourrait laisser bon nombre de personne sur le carreau. De ce fait une seule phrase réussit à traduire la volonté même du film : la langue que l’on parle nous fait penser différemment. Et Premier Contact est composé d’une seule langue : celle du cinéma, qui nous permet de comprendre l’aboutissement même d’un projet. Et comme dans le dernier film de Christopher Nolan, la science-fiction prend son envol mais n’est qu’un contexte, un vieux loup de mer qui s’écarte pour laisser place à ce qui fait l’essence même de Premier Contact : le regard d’une femme sur sa vie, qui malgré la révélation d’un tout, décide de rouler sur la même route même si elle connait le déjà chemin. C’est alors de ce final un brin imposant, mais touchant que le film opère sa magie : ce qui compte ce n’est pas la finalité d’une vie mais c’est le plaisir et les écueils du cheminement.
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Rogue One : A Star Wars Story - 5,5/10

Messagepar Velvet » Dim 18 Déc 2016, 10:55

Rogue One de Gareth Edwards (2016) - 5,5/10


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Qu’on se le dise, Hollywood avance ses pions avec ses grandes sagas ou ses grosses franchises mais détourne son regard par des chemins de traverse différents. Au lieu de mettre les pleins phares sur les figures de proues mastodontes, cette machine cinématographique décide depuis peu de mettre des visages sur des noms moins connus, d’observer l’histoire par le bout de la lorgnette. On pourrait penser que cette volonté est de rendre hommage à la petite histoire qui fait naître la grande histoire, mais d’un point de vue purement terre à terre, les grands studios de production agrandissent leurs multiples univers non pas pour fluidifier leur aura créatif mais pour accélérer cet état de marche qui connait que peu de grain de sable. Et là, Rogue One arrive dans les salles : un énième épisode de la franchise Star Wars qui va nous permettre de voir l’épopée qui donna l’espoir à toute une galaxie. Les données qui pourrait permettre de détruire par la suite, la fameuse Etoile Noire. Il est intéressant de noter que deux grandes franchises cinématographiques étalent sur la table leur équipe de rebus, des gens qu’on envoie au casse-pipe alors qu’ils n’ont pas forcément la gueule de l’emploi. Après DC Comics et son catastrophique Suicide Squad, c’est Star Wars qui éveille l’ombre de son antre pour voir briller la lumière. Et dans le combat entre les deux teams, Rogue One l’emporte haut la main.

Rogue One décèle de nombreuses qualités et Gareth Edwards n’y est pas pour rien. Sa façon de voir le cinéma est en totale adéquation avec l’identité même de l’épisode : voir la guerre par l’intime, l’humilité du silence et du sacrifice qui voit l’humain gagner par sa bravoure. Sachant que le réalisateur aime s’immiscer dans des films de monstres avec une mise en scène qui reste coller à l’humain, Gareth Edwards était sans doute l’homme parfait pour filmer au plus près, cette équipe anonyme qui ne l’est plus. Mais alors qu’on restait sur sa faim avec son dernier Godzilla où l’action stagnait et s’accommodait de nombreuses coupures frustrantes, cette fois il déploie son savoir-faire visuel pour agencer avec qualité une guerre stellaire digne de ce nom. Certes la magie n’opère pas toujours malgré un montage qui calibre aisément la puissance de certaines séquences notamment dans les airs, mais Rogue One affiche une tenue qui respecte à la fois sa saga et aussi le spectateur qui s’immerge très rapidement dans un environnement bien connu (nombreuses références et quelques fan services dispersés par ci par là). Mais derrière cet émerveillement parfois diffus, on revient vite sur terre car Rogue One n’est pas exempt de tous défauts.

Oui, Rogue One s’incorpore avec mérite dans l’univers de la saga et surtout à cette grande qualité de bouger comme étant un film en tant que tel, et dispose d’une personnalité qui lui est propre sans faire office de bouche trou. Mais cela ne fait pas tout. Car à force de vouloir jouer la carte de l’humilité, le film oublie de se sublimer et ne décolle jamais vraiment mis à part un final intrigant. Derrière cette quête d’un père qui se noie dans le camp adverse en étant à l’origine de la machine de la mort, ces jedis qui sont des vagabonds, cette fille qui veut se rapprocher de son passé par le but, cette radicalisation de la rébellion, Rogue One détonne par un contexte loin de la luminosité habituelle. Sauf que cette pénombre n’est pas forcément assumée jusqu’au bout : les quelques gimmicks drolatiques inutiles, la sempiternelle recherche paternelle. Et puis Rogue One intervient très vite, trop vite après le film de JJ Abrams. Et malgré les lacunes de ce dernier, certaines différences font mal à l’œuvre de Gareth Edwards. Notamment le charisme d’un duo qui semble avoir les épaules trop frêles pour tenir une guérilla aussi intense : une Felicity Jones trop monolithique et surtout un Ben Mendelsohn insignifiant.

Dans cet horizon où la réalisation reste proche de l’homme, Gareth Edwards se met une nouvelle fois une épine dans le pied à unifier son film autour de personnages peu ou pas écrits. Et dans un film de bandes où le rythme s’étire et est en dent de scie, ça devient un problème sans solution : même si le film nous emporte dans sa folie grandissante, le sacrifice des uns et des autres n’est qu’une étape qu’on oublie aussi vite qu’elle fut vécue, exceptée la bonté et la complémentarité du duo Chirrut et Baze. Et là, est la grosse frustration qu’engrange le petit dernier de la firme Disney : un film qui a le cran de noircir le tableau, de vouloir assumer son aspect plus adulte mais la complexité initiatique est néante, la finalité funeste de cette troupe intrépide devient insipide et émotionnellement pauvre. Rogue One est une guerre stellaire parfois flamboyante mais anéantie par son manque d’aura, la pauvreté de sa faculté à fasciner ou à prendre par la main. Et c’est avec les vieux pots qu’on fait les bonnes confitures : à l’image de l’arrivée finale de Dark Vador et la tempête qui s’abat.
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Paterson - 8,5/10

Messagepar Velvet » Ven 30 Déc 2016, 17:02

Paterson de Jim Jarmusch (2016) - 8,5/10


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Après Détroit et les sorties nocturnes d’Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch déplace de nouveau son cinéma dans une ville en friche où la lisière se révèle étroite entre les briques en ruine et le malaise social. Cette fois ci, c’est dans la bien nommée Paterson. Oubliant l’esprit bohème et rock’n’roll de ses deux précédents vampires, le réalisateur américain détourne son attention vers Paterson, conducteur de bus dont le nom est éponyme à la ville dans laquelle il vit. Mais derrière sa petite vie bien tranquille, entre les bières avec les potes et le sempiternel repas du soir avec sa compagne funambule, Paterson s’adonne à l’écriture. Pour être plus précis, à la poésie. Le lieu de tournage, l’environnement qui immerge devant nous, n’est pas anodin. Paterson est une ville aussi connue pour le poète William Carlos Williams.

Tout comme avec Memphis, ôte du somptueux Mystery Train, ville fantôme hantée par le spectre d’Elvis Presley, Jim Jarmusch inscrit son contexte dans une culture qui lui est propre et décrit son décor comme un véritable personnage incarné. Avec quelques plans dans un bus qui sillonne tous les recoins miséreux, tous les quartiers multiculturels, ses petites discussions de commères, Paterson dévoile cette ambivalence qui fait que cette ville ait encore un cœur qui bat malgré une industrie en perdition. Mais le centre du film, outre sa cité, est bel et bien son personnage principal. Enlacé dans une sobriété visuelle qui sied parfaitement à l’élégance du style de Jim Jarmusch, l’œuvre raconte comment s’écoule une semaine dans la vie de Paterson, du lundi au dimanche. Paterson est le portrait d’un quotidien. Plus que cela. D’une routine. Cette dernière est apaisante par le confort d’une vie qui ne prend presque plus de risques, mais devient également mortifère par l’aspect rébarbatif de son avancée.

Paterson prend le même bol de céréale tous les matins, mange le même sandwich tous les midis au même endroit, et sort son chien tous les soirs pour finir dans le même bar. Sauf que malgré son déroulement monotone chaque journée décèle sa propre magie ou son unique vérité. Derrière la composition de Paterson, ancien militaire, se cache la description d’une middle class américaine qui se cherche et qui essaye par le biais de la culture de s’émanciper de sa propre condition, que cela soit par la poésie ou la musique. La grande force de Paterson est de ne jamais appuyer sa consonance politique, qui n’en est pas même une mais de magnifier la puissance de la culture dans l’affranchissement d’une personne.

Paterson, est et devient un hymne à la poésie, à cet équilibre voulu entre calme mérité d’une vie sans obstacles et épanchement littéraire, à cette farandole de moments qui dessine un quotidien, une multitude de détails qui fait de Paterson ce qu’il est : une embrassade avec sa dulcinée, un rire contagieux devant l’amour transit d’un acteur raté, ou un regard éberlué devant le caractère outrageant d’un bulldog anglais possessif. Dit comme cela, Paterson peut paraitre ennuyeux mais il ne l’est pas. Jim Jarmusch n’a pas son pareil pour faire saluer la beauté d’un rien, pour engendrer une pureté mélancolique inclassable, pour faire rire avec un simple gimmick, pour enchanter avec quelques vers tirés d’un esprit volubile. Paterson est filmé comme un poème avec les jours qui se suivent comme des vers mais dont les péripéties ne riment pas forcément. Grand, la carrure imposante, la voix roque et la démarche endimanchée, Adam Driver est parfait dans le costume de Paterson. Il est à la fois Ghost Dog dans l’accomplissement patriarcale de ses journées et Dead Man dans un homme qui se meurt peut-être à petit feu dans l’effacement des mots qu’il écrits. Mais ce qui fait la beauté de ce film qui joue sur le symbole du jumeau, c’est le respect de Jim Jarmusch pour le non spectaculaire et l’ordinaire d’une destinée.

Voire l’empathie d’un cinéaste envers un personnage inconnu qui mériterait selon lui de diffuser ses écrits. Jim Jarmusch écorne de ce fait l’image que la conscience collective se fait du poète : maudit, sombre, ténébreux. Paterson est l’antithèse de ce postulat : silencieux, amoureux, casanier. Mais une seule chose continue à émerveiller ou à conditionner son envie d’avancer : les mots. Et malgré les difficultés et les imprévus du quotidien, la page blanche n’est jamais une fatalité. Mais une possibilité de continuer ce qui fut accompli.
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Film: Paterson
Note: 7/10
Auteur: Nulladies

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Re: [Velvet] Mes bafouilles lunaires 2016

Messagepar Velvet » Dim 01 Jan 2017, 20:06

Bilan cinématographique 2016:


TOP 20 2016:


20 - Le Garçon et la bete de Mamoru Hosoda
19 - Mademoiselle de Park Chan Wook
18 - Green Room de Jermery Saulnier
17 - Ce sentiment de l'été de Mikhaël Hers
16 - La loi de la jungle de Antonin Peretjatko
15 - Captain Fantastic de Matt Ross
14 - The Witch de Robert Eggers
13 - Les Huit Salopards de Quentin Tarantino
12 - Carol de Todd Haynes
11 - Kaili Blues de Bi Gan
10 - One More Time With Feeling d'Andrew Dominik
9 - The Strangers de Na Hong Jin
8 - Malgré la nuit de Philippe Grandrieux
7 - The Revenant de Alejandro Inaritu
6 - Les Ogres de Léa Fehner
5 - Premier Contact de Denis Villeneuve
4 - Nocturama de Bertrand Bonello
3 - The Assasin de Hou Hsiao Hsien
2 - The Neon Demon de Nicolas Winding Refn
1 - Paterson de Jim Jarmusch


TOP 15 DECOUVERTES 2016


1 - Akira de Katsuhiro Ôtomo
2 - Tree Times de Hou Hsiao Hsien
3 - Tetsuo de Shinya Tsukamoto
4 - We Need to Talk About Kevin de Lynne Ramsay
5 - Jin Roh, la brigade des loups de Hiroyuki Okiura
6 - Evil Dead 2 de Sam Raimi
7 - The Killer de John Woo
8 - Suspiria de Dario Argento
9 - Andrei Roublev d'Andrei Tarkovski
10 - A nos amours de Maurice Pialat
11 - Les salauds dorment en paix de Akira Kurosawa
12 - Le lit de la vierge de Philippe Garrel
13 - Hors Satan de Bruno Dumont
14 - Solaris d'Andrei Tarkovski
15 - Ichi The Killer de Takashi Miike
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