[Dunandan] Mes critiques en 2012

Modérateur: Dunandan

Qui a Peur de Virgina Woolf ? - 10/10

Messagepar Dunandan » Mar 21 Aoû 2012, 21:05

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Qui a Peur de Virginia Woolf ?, Mike Nichols (1967)


Une belle claque. Un film qui devrait être projeté à l'intention des nouveaux mariés ... Le défi était pourtant élevé : faire tenir quatre personnages durant plus de 2h00 pratiquement en huis-clos, tournant uniquement autour de disputes de couples. Un sujet peu intéressant en soi, mais sublimé par le réalisateur et son équipe.

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La manière dont ce thème est traité me rappelle un peu le cinéma de Mankiewicz, qui lui aussi aime mettre à mal l'institution du mariage et ses mirages, notamment dans Chaînes conjugales (puis il faut remonter aux Noces rebelles pour retrouver un tel panache dans cette peinture de moeurs). Mais ici c'est bien plus noir et grinçant, également drôle mais dans un sens désespéré, tour à tour touchant ou pathétique (à ce sujet, la scène de danse est mémorable). Les premières minutes donnent pourtant l'illusion d'une belle soirée qui commence avec une petite musique mélancolique et les motifs bucoliques de la nuit, mais dès qu'on arrive à la maison des deux personnages principaux, le contraste est frappant : les disputes s'enchaînent, les joutes de méchanceté rivalisent entre-elles, entraînant un jeune couple - à titre de détonateur car ils se reconnaissent beaucoup de similarités - dans ce cycle infernal de cynisme et de délations (réelles ou fausses on a souvent un petit doute), jusqu'à faire éclater chaque petite muraille illusoire que le mariage a construit, un verre à la main, promesse d'un bon moment ici transformé en cauchemar vivant (c'est vraiment magique de voir chaque personnage se bourrer la gueule, et se lâcher littéralement sur tous les aspects).

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Chacun en prend pour son grade, et tous les intérêts pratiques qui se meuvent derrière cette vieille formule du couple stable sont dévoilés, balayés le temps d'une salve verbale, dont la formulation est bien sûr facilitée par la présence d'alcool. On est bien loin du conte de fées ou de la représentation romantique conventionnelle du sentiment amoureux. Pour préserver l'intensité de ces séquences, et plus encore pour justifier cette montée en escalade de la violence inter-relationnelle, il y a une chouette scène où les hommes et les femmes font bande à part, partagent des secrets, une véritable dynamite qui sera délivrée de part et d'autre, peu importe la gravité de la vérité à émettre, jusqu'à ce qu'enfin l'abcès soit percé, et les consciences apaisées mais épuisées. Pour terminer, le dénouement est absolument magnifique, un bref mouvement d'espoir se confondant avec la montée du jour, et qui tamise légèrement ce déferlement d'affirmations blessantes pour chacun. Cette dernière scène montre simplement que tout n'est pas vain dans la relation conjugale, qu'il existe quelque chose d'inébranlable et vrai et qui justifie cette dernière malgré tout. Mais le lendemain sera tout de même très difficile.

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Le casting est roi dans ce film et une énergie folle se dégage de ce quatuor, particulièrement Elisabeth Taylor et Richard Burton, au sommet de leur art. Elle interprète un personnage hystérique, aguicheuse et vénéneuse. L'attention est d'abord concentrée sur elle, alors que son mari paraît plus timide et en retrait, mais va s'avérer tout aussi terrible, voire pire que sa compagne. Les deux autres, au contact de l'alcool, vont également faire tomber leur masque poli après quelques verres : le type malgré les apparences se révèle plus faible voire impuissant, tandis qu'il devrait tenir sa femme car elle devient une sacrée nunuche. Bref aucune génération traitée n'est épargnée sous l'oeil du cinéaste. Le texte n'apparaît jamais théâtral ou récité (bien que ce soit adapté d'une pièce de théâtre), ce qui est essentiel, s'agissement justement d'un film de dialogues. Le N & B est vraiment magnifique, rare pour l'époque, et adapté à l'ambiance nocturne et au dévoilement d'une facette peu reluisante de l'humain. Enfin, la mise en scène est dynamique et variée, mettant en évidence les rapports de force et l'interprétation démentielle des acteurs, et permet aussi d'éviter le côté statique de ce type d'essai.
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Le must du film de couples et de ses illusions les plus persistantes, à la fois noir, cynique, mais aussi touchant avec une once d'espoir qui tient comme un fil, et parachève le tout comme un chef d'oeuvre. Sans oublier l'interprétation et la réal' qui transcendent le contenu théâtral.
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Dunandan » Mar 21 Aoû 2012, 21:09

Puis j'oubliais de dire (bon en même temps ça fait pas pro :mrgreen:) que Logan me faisait penser à Burton avec sa méchanceté légendaire concernant certains films/réalisateurs/acteurs :eheh:
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Logan » Mar 21 Aoû 2012, 21:15

Pas la peine de m'imaginer en Burton le logo Approuved le fait et tu le mérites 100 fois la :super: :mrgreen:

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Nausicaä de la vallée du vent - 8,5/10

Messagepar Dunandan » Ven 24 Aoû 2012, 00:02

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Nausicaä de la vallée du vent, Hayao Miyazaki (1984)

Il y a deux types de films (qui souvent se répondent) chez Miyazaki, le conte merveilleux tournant autour de la naïveté et de la spontanéité enfantines qui nous invite au rêve et à la simplicité, ou bien le film-manifeste de paix et écologiste. Nausicaä de la vallée du vent se situe davantage dans cette dernière catégorie (comme Le château du ciel ou Princesse Mononoké) mettant en scène, comme bien souvent chez ce réalisateur, une jeune femme (qui symbolise pour lui l'innocence et la fraîcheur d'esprit, face aux hommes étroits d'esprit et de nature belliqueuse), qui possède la capacité à communiquer avec les insectes qui ont détruit jadis la surface de la terre après un pic d'activité industrielle.

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Miyazaki détient le secret pour nous conter des histoires à la fois simples et magnifiques, tout droit sorties de l'imaginaire japonais post-nucléaire. Mais contrairement à Mamoru Oshii qui a une véritable fascination pour les armes, ou au fameux Godzilla, symbole de la nature se rebellant tout entier des effets de la folie des hommes en temps de guerre, ce film lance une grande leçon de tolérance entre les peuples et les différentes espèces à travers l'attitude de l'héroïne, montrant que l'utilisation des armes ne peut que se retourner contre leurs détenteurs, quelle que soit la pureté d'intention, et que la seule résolution efficace sur le moyen-terme est de composer avec notre environnement, bien qu'en apparence hostile (alors qu'en vérité il réagit ou s'oppose au fond mauvais des humains).

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Malgré une animation qui a un peu vieilli (c'est un peu figé), les dessins, dynamisés par la très belle musique de l'inséparable Joe Hisaishi, sont toujours aussi beaux et contiennent déjà la patte du réalisateur (les pirates du Château dans le ciel, la sorcière, les vaisseaux de Porco Rosso, ...), dépeignant un univers hautement immersif, qui préfigure certains jeux-vidéos tels que Secret of Mana ou Final Fantasy avec la même philosophie autour de la nature-organisme (composée d'une faune et d'environnement tantôt en harmonie, tantôt en tension avec les humains, lorsque ces derniers agissent comme un agent nocif contre la vie qui les enveloppe), et une civilisation futuriste qui a fait un bond en arrière dans le temps après la Grande catastrophe (mélange de Moyen-Age, de Steam-Punk). Selon moi, le travail sur cette planète, qui subira de nombreuses adaptations jusqu'à au moins Avatar, est le gros point fort du film, d'une extrême richesse dans ses détails, et contenant des moments de grâce, comme les séquences où l'héroïne rentre en contact avec elle (dans son combat pour l'harmonie et même physiquement, elle ressemble beaucoup à Mononoké). Le background est très riche malgré sa simplicité (ça donne envie de lire le manga, certainement plus fouilli), avec son lot de légendes ancestrales, de peuples post-apocalyptiques prenant note ou pas de leurs erreurs passées, vivant avec (le peuple du vent) ou contre leur environnement (les différentes armées). Sans oublier le minuscule acolyte de Nausicaä (le réalisateur adore rajouter des compagnons insolites et attachants, véritables prolongements de leur "maître"), aux allures de Pokémon en bien plus mignon.

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Malgré son âge, ce film est un véritable petit trésor d'animation, lançant un magnifique message de tolérance et d'harmonie avec l'environnement naturel. A voir absolument, comme tous les Miyazaki : beau, intelligent, et poétique.
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Alegas » Ven 24 Aoû 2012, 00:37

:super:
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Dunandan » Ven 24 Aoû 2012, 07:50

Il manque une note pour (peut-être) le faire rentrer dans le TOP :super:
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar elpingos » Ven 24 Aoû 2012, 09:26

Incontournable, comme tous les Miyazaki :super:
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar zack_ » Ven 24 Aoû 2012, 09:28

...ou pas.
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Mark Chopper » Ven 24 Aoû 2012, 12:17

Tu alourdis ton dossier, Zack.
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Imaginarium du Docteur Parnassus (L') - 6,5/10

Messagepar Dunandan » Sam 25 Aoû 2012, 09:27

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L'Imaginarium du Docteur Parnassus, Terry Gilliam (2009)

Ce film possède une sacrée bonne idée de départ, à savoir le pouvoir de l'imagination à l'assaut du monde réel désabusé, une lutte menée par un clone du Baron Münchausen revu au goût du jour, ici ancien moine mystique qui au lieu de continuer à écrire l'histoire du monde et garder ce dernier du mal, essaie d'enseigner aux individus qu'il rencontre de se purifier par eux-mêmes. L'autre côté du miroir magique du théâtre ambulant de ce dernier contient des moments oniriques d'une rare beauté, tous reflétant l'esprit de l'initié qui aura à adhérer ou pas à ses mauvaises pulsions. Les SFX sont ici assez délirants et réussis dans l'ensemble (personnellement j'ai une préférence pour les décors en carton-pâte aux CGI en mode Tim Burton). Mais finalement, contrairement aux Aventures du Baron Münchausen, les séquences les plus présentes se déroulent dans la réalité, et sont produites volontairement dans un endroit paumé, sale, ascétique. Ce choix artistique d'insister sur la condition misérable de cette troupe de théâtre marginale respire l'anticonformisme, et souligne l'urgence à agir à partir de ce monde-ci. Elle aura à faire face à un as de la communication moderne, efficace pour rameuter les gens, mais moins innocent qu'en apparence.

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Cependant, en dépit de cette idée originale, la mise en scène n'est pas toujours à la hauteur et le tout manque cruellement de rythme. Pour commencer, les arcs narratifs qui se superposent frisent parfois l'overdose à force d'illogisme et de folie (à partir de l'apparition d'Heath Ledger), bien que l'ensemble soit paradoxalement assez lisible, comme si trop d'idées peuplaient le cerveau de Gilliam, conduisant à une confusion des enjeux (le pacte avec le diable, le désir de fuite des deux jeunes, le nouvel arrivant pris dans une confusion identitaire, ...). Puis les personnages sont drôlement écrits, et manquent trop de substance pour être attachants en dépit du charisme de certains et de ce qu'ils représentent (surtout lorsqu'on connaît le réalisateur : le vieux sage qui se noie dans l'alcool car personne ne s'intéresse à ses histoires, la jeune fille qui veut fuir vers le monde moderne et ses chimères, ..., ce sont tous des personnages typiques de son univers). Le décès soudain de l'acteur principal qui a amené le scénariste-réalisateur à revoir l'intrigue principale (décidément il n'a pas de chance depuis Lost In La Mancha) y est certainement pour beaucoup, qui a conduit entre-autre à engager d'autres acteurs pour remplacer le défunt lorsqu'il se retrouve dans le monde de l'esprit, ce qui fonctionne relativement bien (son apparence différente dans ce dernier est résolue en tant que produit de sa propre ambiguïté identitaire) mais il faut avouer que le côté brouillon de la narration est telle qu'elle ne peut pas provenir uniquement de l'absence du regretté Heath Ledger. En effet, malgré ces arguments visuels et la pureté d'intention, l'histoire peine réellement à décoller (pour les raisons évoqués précédemment), et je me suis même ennuyé par moments. Côté acteurs, c'est bien, particulièrement le passage d'un remplaçant à l'autre qui est assez bluffant. Cela révèle, par leur manière de "jouer" le personnage principal en imitant Heath Ledger, une différente facette de sa personnalité. Et Lily Cole que je découvre ici, femme-enfant aux attraits troublants, apporte un véritable plus par sa présence.

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Mais comme je me le rappelle souvent, une bonne idée ne fait pas forcément un bon film, et j'espère que ce réalisateur que j'apprécie beaucoup dans ses délires aura plus de chance dans ses projets futurs. Mais on va me rétorquer que Les Aventures du Baron Münchausen et L'armée des 12 singes sont bien foutraques, surtout le premier, et ça définit même en grande partie son style. Mais justement il existe chez lui un ingrédient essentiel que je n'ai pas retrouvé ici, à savoir la confusion du réel et de l'imaginaire, qui nous laisse d'habitude dans le doute jusqu'à la fermeture du rideau, alors que la séparation s'avère ici trop lisible.
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De bons délires visuels et un univers basé sur l'imaginaire fascinant, plombés par un problème de rythme, une histoire brouillonne dans ses détails, et des personnages peu attachants malgré ce qu'ils représentent.
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar elpingos » Sam 25 Aoû 2012, 11:37

Tout pareil, un film en demie-teinte loin de ses meilleurs :?
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Waylander » Sam 25 Aoû 2012, 11:39

Les oufs. Dans le top 3 Gilliam ya 12 monkeys et Parnassus. Surpris de cette critique. :shock:
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar angel.heart » Sam 25 Aoû 2012, 11:40

Pour moi c'est son meilleur film depuis L'armée des douze singes. Un bon 8/10.
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar Killbush » Sam 25 Aoû 2012, 11:55

Pareil j'ai adoré, toujours pas vu Tideland par contre alors qu'il dort dans ma dvdthèque depuis la sortie.
Starting to see pictures, ain't ya?
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Re: [Dunandan] Mes critiques en 2012

Messagepar zack_ » Sam 25 Aoû 2012, 14:15

Soit pas trop pressé de le voir c'est son plus mauvais film, même si c'est vrai que l'affiche donne envie
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