[Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Vos critiques de longs-métrages

Modérateurs: Dunandan, Alegas, Modérateurs du forum

Rebellion - 9/10

Messagepar Olrik » Dim 18 Jan 2026, 10:27

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Rébellion (Jōi-uchi: Hairyō zuma shimatsu)
Masaki Kobayashi - 1967


Cinq ans après Harakiri, Kobayashi remet le couvert avec un jidai-geki où il sera question d’une révolte contre l’autorité. Rien de surprenant venant de quelqu’un qui a un jour confié :

Tous mes films parlent de résistance au pouvoir. C’est le sujet de Harakiri, bien sûr, et aussi de Rébellion. Je suppose que j’ai toujours contesté l’autorité. Ç’a été le cas dans ma vie personnelle, y compris quand j’étais à l’armée.


Dans Rébellion, il faut attendre un quart d’heure pour que la première manifestation de cette résistance se produise. Ou plutôt « tentative de résistance ». Un seigneur, Isaburo Sasahara (Toshiro Mifune), se voit fortement incité par le chambellan de son Daimyo à donner comme épouse à son fils dame Ichi, concubine qu’il a délaissée pour une autre (alors même qu’elle lui a donné un enfant). Pour Isaburo et les siens, c’est un peu fort de café car cette dame Ichi, ils ne la connaissent pas. Mais plutôt que de le dire trop frontalement, Isaburo joue la carte d’un prudent « c’est trop d’honneur, nous sommes indignes, nous ne pouvons accepter ». La rébellion est encore contenue.

Problème : l’acceptation du mariage vient de son fils Yogoro qui affirme qu’il faut respecter la volonté de Daimyo. Esprit servile ? Pas sûr, on a surtout l’impression chez lui d’une pulsion amoureuse, comme s’il savait qu’il ne pouvait qu’aimer dame Ichi. Bonne intuition car le couple est peu de temps présenté par Isaburo lui-même comme idéal, et Ichi ne tarde pas à donner à son mari une petite fille, Tomi.

Seulement, voilà : la raison de la répudiation d’Ichi vient de son comportement : outrée de voir que pendant son accouchement elle a été remplacée par une autre, et encore plus scandalisée de voir qu’aussi bien la nouvelle concubine que le daimyo n’ont montré aucun signe de gêne à son encontre quand elle est revenue, elle a osé une rébellion sacrilège en se prenant physiquement aussi bien à la concubine qu’au daimyo. Pour Isaburo, présenté comme un bretteur invincible mais inoffensif du fait de la paix qui s’éternise, et surtout malheureux du fait d’un mauvais mariage qui l’a obligé durant vingt ans à courber l’échine, c’est une sorte de révélation. Non seulement cette Ichi est une femme estimable, mais il va être de son devoir de faire en sorte que son fils soit heureux avec cette épouse exemplaire.

Ce ne sera pas le cas avec une mauvaise nouvelle : le daimyo a perdu son fils unique, perte qui l’oblige à considérer comme héritier l’enfant qu’il a eu avec Ichi. Mais comme il n’est pas convenable que la mère d’un héritier soit entretemps devenue l’épouse d’un simple samouraï, il donne l’ordre à la famille Sasahara de lui rendre Ichi !

Et c’est le moment qu’attend le spectateur.

Le père Isaburo (incarné par Mifune, rappelons-le bien) jusque là encaissait sagement, mais là, avec cette perle de rébellion à proximité qu’est Ichi, sevré de batailles qu’il est, le voilà enfin qui passe en mode « tu vas l’avoir ta putain de guerre ! » Et si le spectateur buvait du petit lait devant une exposition à la fois lente et passionnante (avec notamment une bonne utilisation d’un double flashbacks enchâssés), il n’a plus qu’à sortir le popcorn devant la team Sasahara father & son qui redouble de mépris et d’insultes envers ceux qui osent leur demander en plus de se faire seppuku ! Et pas n’importe quelles insultes. Vous voulez qu’on se fasse harakiri ? OK, d’accord, pas de problème, mais à une condition : apportez-nous en échange les têtes du Daimyo, du Chambellan et du Conseiller ! dira un Isaburo foutrement classe et sarcastique à un envoyé du Daimyo. Pour la première fois qu’il est né, Isaburo se sent vivre pleinement (c’est lui qui l’affirme). La rébellion comme moyen infaillible de donner un sens à son existence.

Bref, la bataille semble inévitable, on se frotte les mains et d’autant plus que Tatewaki Asano (Tatsuya Nakadai), l’officier en charge de la surveillance des frontières et qui connaît bien la valeur guerrière de son ami, met en garde les éminences grises du daimyo qui décident d’envoyer des hommes pour buter Sasahara : « Ça va être une boucherie. » Mais évidemment pas pour ce dernier. Ouais, la « putain de guerre » ramboesque va bien avoir lieu.

J’évoque Tatewaki Asano, mais là aussi, ce n’est pas la moindre des promesses du film puisque, en plus de faire miroiter une rébellion toute en rage et en coups de katana, il y a aussi la promesse d’une possible association Toshiro Mifune / Tatsuya Nakadai pour botter le cul ensemble des bataillons envoyés par l’horrible Daimyo. J’ai cependant été naïf car le sens du devoir d’Asano l’obligera à affronter son ami. N’empêche, le duel sera du miel aux yeux du spectateur, duel qui ne sera pas même la conclusion du film puisque Kobayashi garde dans sa manchette une scène qui fera écho à la conclusion de Harakiri.

Allez, pour faire simple, Rébellion est une merveille de jidaigeki. Va-t-il aux mêmes hauteurs que Harakiri ? En tout cas c’est un chef-d’œuvre qui, certainement moins édifiant et hératique que le premier film, saura, pour ceux qui seraient rebutés par l’austérité d’Harakiri, davantage plaire par l’échantillon varié d’humanité qu’il propose.
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Sabre du mal (Le) - 8/10

Messagepar Olrik » Mar 20 Jan 2026, 17:13

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Le Sabre du mal
Kihachi Okamoto - 1966


Impossible de nier que Le Sabre du mal fait partie du haut du panier concernant le jidai-geki. Mais se trouve-t-il au même niveau que des joyaux comme Hara-kiri ou Rébellion ? Ce sera une question d’appréciation personnelle. Adaptation du roman de Kaizan Nakazato, le film suit la trajectoire de Ryunosuke Tsukue, samouraï de sinistre apparence, à l’image d’un code d’honneur pour le moins perverti. Dans ce rôle Tatsuya Nakadai excelle et, associé à la sublime photographie d’Hiroshi Murai, laisse une empreinte indélébile dans l’esprit du spectateur, au même titre que sa prestation dans Hara-kiri.

Cela dit, je préférerai toujours ce dernier, et même Rébellion, pour une simple question d’équilibre entre bien et mal. Qu’un héros positif connaisse des affres, et soit même tenté par le mal, c’est chose commune mais toujours intéressante quand c’est fait avec finesse. Là, on se trouve quand même devant un personnage quelque peu unidimensionnel. Appartenant à une conception pleinement déviante du bushidô, Ryunosuke ne connait à aucun moment ce qui serait pour lui des affres, à savoir une remise en question de son code.

Et pourtant, une importante rencontre a lieu quand il croise maître Shimada (Toshiro Mifune), incarnation quant à lui d’un bushidô parfait, tout de droiture et bienveillance, mais impitoyable quand il s’agit de châtier le mal. Pas impossible que Georges Lucas, qui connaissait bien son jidai-geki, ait pensé au film pour s’inspirer du duo Anakin Skywalker / Obiwan Kenobi. Leur rencontre au sein du dojo de Shimada est l’une des meilleures scènes, mais plus encore celle dans laquelle Ryunosuke assistera à l’étendue de la maîtrise de Shimada, alors que ce dernier règle leur compte, sous la neige, à une vingtaine d’adversaires. Fasciné, il n’en perd pas une miette, cueillant au passage les perles que Shimada balance à l’unique survivant, celui-là même qui a lancé l’assaut. « Ton impétuosité m’a obligé à tuer contre mon gré. » Pour Shimada, tout l’art du samouraï est justement d’éviter de dégainer le katana. Quand il reçoit Ryunosuke dans son dojo et que logiquement, il devrait lui proposer une joute après que son visiteur ait vaincu un de ses meilleurs élèves, le maître esquive. « Ce n’est pas nécessaire, le nuki do n’est pas mon fort », expliquera-t-il, courant le risque de passer pour faible et suscitant un sourire de mépris chez Ryunosuke. Mais Shimada n’est évidemment pas faible. « Ce n’est pas nécessaire ». Et encore moins quand il s’agirait de faire profiter de son art quelqu’un comme Ryunosuke. Alors qu’il continue d’invectiver le survivant dans la neige, il laisse tomber un « âme perverse, sabre pervers » tout en lançant un regard dans la direction de Ryunosuke. Celui-ci esquissera alors un 鯉口を切る (koiguchi o kiru), ce geste consistant à dégainer la lame avec le pouce de quelques centimètres, geste de menace préludant un éventuel assaut. Mais suit aussitôt un gros plan montrant Shimada de profil qui, quoique posté à une dizaine de mètres, en dépit de la neige tombant dru, s’aperçoit du geste de Ryunosuke. Sa menace n’ira pas plus loin : figé bien plus par le regard de Shimada que par la froidure de la neige, il comprend qu’il n’a aucune chance contre lui. La beauté de la scène vient de ce qu’il a perdu un duel… qui n’aura jamais lieu.

Autant dire qu’avec Shimada il y a un contrepoids aussi bien moral que scénaristique et je me suis frotté les mains à l’idée d’autres scènes mettant en présence des deux hommes, avec toujours plus de sentiments mêlés chez Ryunosuke (à commencer par un sentiment de peur). Hélas, la suite ne fera guère réapparaître le personnage de Mifune. D'autres personnages secondaires, oui, assurément bien joués, mais évidemment déceptifs après le passage de boss Mifune. Et si le massacre final impressionne bien les rétines, il m’est apparu aussi comme la conclusion convenue d’une trajectoire dans le mal qui, à la longue, finit par paraître un brin ennuyeuse.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 21 Jan 2026, 09:40

Tu as vu Goyokin ?
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Mer 21 Jan 2026, 13:26

Hé non ! Je crois que j'avais vu avant des films de Gosha qui m'avaient laissé indifférent, du coup, je n'avais pas enchaîné.
Ce sera probablement réparé dans les prochaines semaines.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 21 Jan 2026, 13:32

Ah par contre, je ne sais pas quand tu comptes mater le premier A Class to Remember... Mais j'ai tenté deux fois ce mois-ci et je me suis endormi à chaque fois :chut:
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Mer 21 Jan 2026, 13:41

Ça suit son cours... probablement Kinema no tenchi ce soir, Downtown Heroes la semaine prochaine, ensuite Musuko.
A Class to remember ne m'inspire pas confiance car à la base, Nishida Toshiyuki m'apparaît comme un Kiyoshi Atsumi du pauvre, jamais été fan de ses mimiques. Et puis cette trilogie est peut-être arrivée au mauvais moment, avec les derniers feux d'Atsumi et sa disparition (et celle du chef op' de Yamada). Y'avait de quoi avoir des perturbations dans l'inspiration.
Quand j'aurai fini Tora-san, c'est surtout la trilogie Kazoku wa tsurai yo qui aura des chances de me plaire, je pense.
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Nuit des femmes (La) - 7,5/10

Messagepar Olrik » Mer 21 Jan 2026, 13:43

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La Nuit des femmes
Kinuyo Tanaka - 1961


Ça faisait un petit moment que j’avais envie de tenter une incursion dans la filmographie de Kinuyo Tanaka. Pas celle en tant qu’actrice (sur les 219 films, j’en avais vu quand même quelques-uns), mais en tant que réalisatrice : seulement six films, tous d’excellente réputation.

Il faut dire qu’elle a été à bonne école : passer un temps conséquent sur les plateaux en compagnie d’Ozu, Mizoguchi, Kinoshita ou Naruse a dû lui permettre à la longue d’apprendre le métier. À cela s’ajoute l’arrivée durant l’après-guerre de thèmes tels que l’émancipation des femmes, le divorce, la sexualité féminine, la maternité. Et comme Tanaka, star de l’époque, a une forte envie de raconter des histoires du point de vue de femmes, on lui donne sa chance, soutenue par de grands réalisateurs… à l’exception de Mizoguchi, qui en voit en elle davantage une actrice qu’une réalisatrice (ou bien qui se dit aussi que femme et réalisation sont peut-être deux choses incompatibles).

Bref, je me suis lancé un peu au hasard dans ce Onna bakari no yoru, et bien m’en a pris. Cela m’a permis de découvrir cette histoire de lois anti-prostitution qui, à la fin des années 50, ont eu pour effet d’envoyer des prostituées dans des centres de réhabilitation. Rien d’épouvantable, n’imaginez pas des matonnes sadiques faisant baver celles dont elles ont la garde. Dans le film, les filles sont encadrées par des femmes bienveillantes qui souhaitent sincèrement que leurs protégées repartent dans la vie d’un meilleur pied. Ainsi la jeune Kuniko, très désireuse à l’idée de retourner dans la société. Ça tombe bien, on lui propose de travailler auprès d’une famille de petits commerçants. Bon, elle aurait été envoyée auprès d’une certaine famille de confiseurs dans le quartier de Shibamata, on se dit que son bonheur aurait été trouvé. Malheureusement, ce n’est pas le cas : la patronne, découvrant après-coup le passé douteux de son employé, a la ferme attention de s’en débarrasser. Elle rejoint ensuite une usine textile où elle cohabite avec des ouvrières. Mais ça se passe encore plus mal, avec une scène cruelle annonçant le genre de sévices que l’on aura dans les films de prison de femmes avec Meiko Kaji. Trouvera-t-elle enfin le bonheur lors du boulot suivant qui l’enverra du côté d’une pépinière tenue par une femme rencontrée au début lors d’une visite au centre de réhabilitation ? Dans cette société où il semble difficile d'effacer une tache liée au passé, rien n'est moins sûr...

Le film est maîtrisé de bout en bout, à la fois dans sa structure narrative en trois actes et dans le jeu d’une pléiade d’actrices, toutes excellentes dans leur registre, avec bien sûr une mention spéciale à Chisako Hara dans le rôle de Kuniko. À la fois sensuelle et agressive d’un côté, timide et sensible de l’autre, elle est immédiatement attachante auprès du spectateur. Quant à la fin, sans la dévoiler, je l’ai trouvée assez fine, positive avec juste ce qu’il faut d’amertume.

Une jolie découverte qui va m’amener à voir le reste de la filmo de Tanaka. Bon, comparée à celle de Yamada, ça va être du gâteau.

7,5/10
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 21 Jan 2026, 13:50

Olrik a écrit:(et celle du chef op' de Yamada).


Je me demandais si cette photo terne - assez répandue à l'époque au Japon - était d'origine ou due à la mauvaise qualité de mon fichier albanais.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Olrik » Mer 21 Jan 2026, 14:03

Tetsuo Takaha meurt après le tournage de Tora 48.
J'ai quand même l'impression que la colorimétrie terne est un parti pris, je verrai. En tout cas c'est à partir de Gakkô 2 qu'on a un autre chef op'.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Mer 21 Jan 2026, 14:05

Celui-là a plutôt bonne réputation au sein de la tétralogie.
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Father Mother Sister Brother - 7/10

Messagepar Olrik » Dim 25 Jan 2026, 00:12

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Father Mother Sister Brother
Jim Jarmush - 2025


Un peu circonspect au premier quart d’heure, craignant l’ennui, je me suis finalement laissé porter par les trois sketchs de Father Mother Sister Brother. Comme toujours dans ce genre de film, pointe la critique du caractère inégal entre les différentes histoires. On peut aussi rechigner à entrer dans ces atmosphères familiales (les deux premiers sketchs surtout) qui rendent compte d’une temporalité particulière, celle que connaît un adulte à la fois désireux de revoir un de ses parents, et en même temps impatient d’écourter les retrouvailles, à la fois affectueux et distant. Du coup la moindre minute passée à siroter du café tout en cherchant des banalités à dire compte double, voire triple, et c’est soulagé qu’il trouve le prétexte pour repartir et reprendre une vie plus stimulante.

C’est l’expérience que vivent Jeff et Emily, partis voir leur vieux père (joué par Tom Waits), mais aussi Timothea et Lily chez leur maman (Charlotte Rampling) pour prendre le thé. Si c’est amusant (un peu), on se demande aussi si l’amusement vaut ce temps où gêne, artifice et longueur se mêlent. Il y a bien ces phénomènes d’écho d’un sketch à l’autre (les allusions à l’eau, une montre rolex, la manière de faire un toast, etc.), mais cela donne l’impression d’un gimmick adroit de petit malin, sans plus.

Et puis arrive le dernier sketch (précisons que les sketchs se passent dans trois pays différents : Etats-Unis, Angleterre et France – à Paris) qui offre la surprise d’une retrouvaille entre enfants et parents d’une nature particulière. Et là, le film montre nettement en intérêt et en profondeur. Si les deux premiers pouvaient s’avérer sinistres dans leur représentation cruelle des rapports parents / enfants (quand ces derniers sont devenus des adultes), une sorte d’illumination se fait à la fin, alors même que ce qui est représenté a de quoi attrister.

Si les deux premiers sketchs étaient un peu agaçants, ils trouvent dans le troisième un écho élégant et touchant qui permet de montrer que cette froideur ou plutôt cette chaleur mécanique et artificielle qui peut s’installer entre des enfants et des parents pourra toujours s’éprouver face au deuil et donner lieu à une belle épiphanie.
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Exit 8 - 7,5/10

Messagepar Olrik » Dim 25 Jan 2026, 10:11

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Exit 8
Genki Kawamura – 2025



Après les boucles temporelles (En boucle, Comme un lundi), place à une histoire de boucle spatiale avec Exit 8, adaptation d’un jeu vidéo dans lequel on doit trouver le moyen de sortir d’un espace se répétant à l’infini. Comme les deux premiers avaient commencé par me lasser au bout d’une demi-heure, je craignais un peu le même résultat avec Exit 8, mais finalement je reconnais que l’histoire m’a davantage captivé.

Tout d’abord par le minimalisme graphique du piège dans lequel se retrouve le personnage, une sorte de ruban de Möbius (que l’on voit d’ailleurs dans une affiche consacrée à une exposition sur Escher) prenant l’apparence d’un corridor (avec quelques virages) d’une centaine de mètres. C’est tout. Le labyrinthe dans son expression la plus minimaliste, la concentration devant se porter non sur des ramifications (qui ne sont d’ailleurs pas un problème puisqu’on sait bien que pour sortir d’un labyrinthe, il suffit de tout le temps suivre un côté), mais sur des objets composant ce maigre espace : des affiches, des portes, des bouches d’aération, des déchets, un photomaton, un quidam qui passe, et c’est à peu près tout. Il suffit d’apercevoir une « anomalie » pour que le personnage fasse alors demi-tour (c’est ce qui est demandé par une règle de jeu placardée) et puisse passer à « l’exit » supérieure (il commence à zéro), la huitième étant celle qui le fera sortir définitivement du labyrinthe. Là où En boucle naviguait à vue, Exit 8 propose cet objectif d’atteindre le chiffre 8, et j’avoue que je me suis pris au jeu, suivant la partie de ce gamer/personnage, scrutant à chaque fois l’apparition de la pancarte pour voir si le chiffre allait monter d’une unité… ou bien retomber à zéro – puisque Exit 8 est un jeu old school où la moindre erreur se paye cash, obligeant le joueur à recommencer depuis le début. J’ai donc été assez impressionné par ce minimalisme absolu qui parvient à se renouveler – au moment où l’on se dit peut-être qu’une heure et demie de ce régime, ça va tout de même être un peu long – en suivant sans prévenir un autre quidam, puis un autre personnage. N’en disons pas trop, il est plus intéressant d’en avoir la surprise.

C’est que, contrairement au jeu, il s’agit quand même d’enrober la situation avec de l’humain, avec une histoire. Et là aussi, le minimalisme tout symbolique m’a plus. On ne sait pas trop de choses du premier personnage. Dans le métro à l’heure de pointe, il n’est pas habillé comme tous les salary men autour de lui. Tout en écoutant le Boléro dans ses écouteurs (bon choix, le Boléro ayant pour caractéristique de répéter un même motif avec à chaque fois des variations/anomalies), il consulte distraitement son portable en scrollant pour voir les merdes habituelles des réseaux sociaux. C’est alors qu’à trois pas de lui, un jeune connard s’en prend violemment à une mère qui n’arrive pas à calmer son bébé qui ne cesse de pleurer. La remontrance est odieuse, elle dure, mais l’inconnu continue d’écouter le Boléro. Il sort même à la prochaine station. La décision est donc prise définitivement : il n’aidera pas la mère face à son harceleur. Or, il n’aura pas fait dix pas que la sonnerie de son portable retentita : il s’agit de son ex qui se trouve à l’hôpital pour lui dire qu’elle s’y trouve pour accoucher d’un enfant… leur enfant. Et elle veut savoir ce qu’il compte faire. Passé le choc pour reprendre ses esprits et sa respiration (on découvre qu’il est asthmatique), il se retrouve dans le labyrinthe qui devient alors la métaphore d’un choix qu’il aura à faire : soit il deviendra comme tous ceux qui marchent rapidement comme des fourmis et qui n’interviennent pas quand une mère se fait insulter par un abruti, soit il essaiera de s’extraire de ce monde individualiste, par exemple en allant voir son ancienne petite amie à l’hôpital pour accepter sa paternité.

On le voit, rien de bien révolutionnaire. Mais cette simplicité associée à celle du labyrinthe (et encore une fois, avec ce sort lancé sur deux autres personnages) fait qu’ Exit 8 fonctionne parfaitement, se payant même le luxe d’user aussi de quelques boucles temporelles, avec une ultime bien pensée et faisant plaisir.

7,5/10
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Alegas » Dim 25 Jan 2026, 11:12

N'oublie pas de poser tes notes dans les deux topics classement annuel. :wink:
"Our films were never intended for a passive audience. There are enough of those kinds of films being made. We wanted our audience to have to work, to have to think, to have to actually participate in order to enjoy them."

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C'est dur d'être un homme : La Confession - 5/10

Messagepar Olrik » Lun 26 Jan 2026, 21:41

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Tora-san 44
C'est dur d'être un homme : La Confession
Yôji Yamada - 1991


Liaison Mitsuo-Izumi, troisième acte… et un peu le début de l’ennui pour moi tant l’épisode ne propose rien de neuf. L’épisode 42 avait le mérite de prendre un tournant original. La surprise était déjà moins présente dans le 43. Mais là, je dois dire que je n’ai guère ressenti de sympathie pour le jeune couple. J’avais évoqué le Vicomte de Bragelonne pour un épisode précédent, à propos du vieillissement des personnages, je pourrais de nouveau l’invoquer, mais cette fois-ci pour ces jeunes générations qui peuvent paraître bien fades dans leurs amourettes. Mitsuo et Izumi, c’est un peu Raoul de Bragelonne et Louise de la Vallière. Ils sont bien mignons, bien gentillets, mais au bout du compte… on s’en fout un peu. Il n’y a qu’à fermer les yeux et se souvenir des débuts amoureux entre Sakura et Hiroshi pour se rendre compte que la génération précédente avait plus de coffre et suscitait davantage la sympathie.

Sympathie que je n’ai donc pas complétement pour les deux tourtereaux, en particulier pour Mitsuo dont le faciès acnéique et son étrange manière de sourire m’ont donné des envies de mornifles. J’espère que le personnage se bonifiera pour les ultimes épisodes.

Un qui se bonifie en revanche, c’est Hiroshi. Après plusieurs épisodes où il apparaissait en père crispé, le voilà qui ouvre le film en faisant un jogging le long de l’Edogawa et qui retrouve le moelleux de l’Hiroshi d’avant. Sa présence fait du bien, surtout avec un Tora-san toujours sur un mode plus sage, plus en retenue. La bagarre (ou plutôt le semblant de bagarre) avec Tako ne fait pas illusion : c’est du déjà vu un peu poussif qui n’est là que pour être fidèle à une certaine tradition. Il y a bien quelques scènes amusantes, mais pour moi, « amusantes » ne suffit pas pour une saga comme Tora-san qui m’a plus d’une fois fait éclater de rire.

Encore quatre épisodes avant le décès d’Atsumi et j’ai l’impression qu’il n’y aura guère de sursaut (même si j’en espère un avec le retour de Lily). Ce qui me donne à penser que Yamada et la Shochiku ont peut-être raté le coche. Plutôt que de s’obstiner à maintenir une recette (les voyages aux quatre coins du Japon, la rencontre déceptive avec une madone) avec un Kiyoshi Atsumi de plus en plus affaibli, Yamada aurait dû permettre à Tora de prendre femme depuis longtemps. Cela n’aurait pas signé la fin de la saga, au contraire ! Parce que Tora qui fonde un foyer avec une femme (ce qui n’aurait d’ailleurs pas empêché des voyages ailleurs), qui a un gosse, une maison et ce, dans le quartier de Shibamata (avec un triangle magique constitué de la maison des Suwa, celle de Tora et la confiserie Kuruma), j’aurais tout donné pour voir cela. Assurément plus captivant que les déboires amoureux d’un post ado boutonneux. Enfin, c’est ainsi, à quatre épisodes de la fin, ce n’est pas maintenant que je vais flancher.
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Re: [Olrik] Eiga fan wa tsurai yo ! 2026

Messagepar Mark Chopper » Lun 26 Jan 2026, 22:43

Tu ne te dis pas que tu devrais ralentir le rythme ?

Et tu es méchant avec Mitsuo. Le gars a effectivement morflé niveau acné, un peu de pitié s'il vous plaît.
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