[Alegas] Mes Critiques en 2021

Vos critiques de longs-métrages

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Illusions perdues (2021) - 7,5/10

Messagepar Alegas » Jeu 25 Nov 2021, 11:30

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Illusions perdues de Xavier Giannoli
(2021)


Vu que j’avais apprécié A l’origine à sa sortie cinéma, je m’attendais à quelque chose de correct, mais je n’espérais pas un film aussi réussi. Pour le coup, je trouve que la promo marketing vend assez mal le sujet du métrage en le simplifiant à l’extrême (en gros si on se base sur la bande-annonce on peut penser que ça va être un film sur le milieu de la presse) alors que ça se révèle être une fresque dense analysant la France à un moment charnière de son histoire. Il y a la volonté de raconter en quelque sorte les coulisses d’un pays en pleine mutation, et c’est là que le film frappe fort en parlant des inégalités sociales, d’une bourgeoisie qui tente de se persuader qu’elle survivra éternellement, du rapport entre la culture et l’argent, et globalement d’un milieu où tout se joue sur les apparences et où la moindre erreur se fait payer très cher.

N’ayant pas le matériau d’origine je ne pourrais pas dire à quel point Giannoli apporte de la qualité supplémentaire, mais ce qui frappe c’est la modernité du récit qui fait qu’à travers une histoire écrite au milieu du 19ème siècle, on parle finalement de la France d’aujourd’hui, de façon souvent subtile, parfois moins (la petite pique à Macron où on évoque qu’un jour, peut-être, un banquier sera à la tête du gouvernement). Au milieu de tout ça, on assiste autant à des histoires déchirantes que des destins pathétiques, avec notamment un rise and fall avec ce poète provincial qui va tout faire pour rentrer dans un monde qui ne l’accepte qu’à partir du moment où il le divertit, et autant dire que la durée généreuse du film (2H30) contribue à donner ce qu’il faut d’épaisseur aux nombreux personnages tout en développant correctement les intrigues. Ma seule réelle réserve concernant Illusions perdues viendrait de l’utilisation de la voix-off, omniprésente lors des premières scènes à Paris, mais d’un autre côté je vois mal comment le film pourrait s’en passer sans perdre son côté film populaire, tant elle sert à expliciter tout un mode de fonctionnement qui ne parlera peut-être pas assez à ceux pas habitués aux films d’époque.

Pour le reste, Giannoli confirme qu’il sait vraiment bien emballer ses films, la reconstitution a de la classe et ça fait vraiment film de cinéma. Quand au casting, Benjamin Voisin (qui était déjà une super révélation dans La dernière vie de Simon) porte le film sur ses épaules, et tout le reste de la distribution, que ce soit Dolan, Cécile de France, Depardieu ou Salomé Dewals) donne le meilleur de lui-même (à la limite, si je devais pinailler, je pourrais critiquer Lacoste où je vois plus l’acteur que le personnage, mais franchement ça passe). Vraiment un excellent film, qui rappelle parfois la réussite du Ridicule de Patrice Leconte en plus dramatique, et qui donne envie de creuser un peu plus la filmographie de Giannoli.


7,5/10
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Lincoln - 6,5/10

Messagepar Alegas » Jeu 25 Nov 2021, 16:27

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Lincoln de Steven Spielberg
(2012)


Ancienne critique.

A relire ma première critique, j’ai vraiment l’impression que la déception provoquée par Lincoln m’a vraiment poussé à prendre le film en grippe à l’époque. Je souhaitais un Spielberg dense et épique qui attaque de plein fouet le sujet de la guerre de Sécession, et je me retrouvais avec quasiment 2H30 de discussions politiques pour promouvoir un amendement : forcément, je tombais de haut. A la revision, avec les attentes mises de côté et le fait que j’accepte désormais bien plus ce genre de proposition filmique, je revois clairement le film à la hausse, sans toutefois succomber pour autant à l’engouement critique qu’il y avait eu à l’époque, notamment outre-Atlantique.

Oui, Lincoln est un bon film, et intéressant à bien des égards, mais ça n’en fait pas pour autant un Spielberg majeur, loin de là. Du coup, j’ai toujours quelques réserves sur quelques points, notamment le traitement du personnage-titre, à la fois par le script et son interprète prestigieux, qui me donne l’impression de voir un personnage à demi-gâteux. Pour le reste, j’ai vraiment adhéré à la proposition, notamment tout cet aspect assez étonnant qui consiste à traiter non pas du président lui-même, mais du 13ème amendement et tout le combat qu’il aura fallu pour le faire passer dans la Constitution américaine. Un choix plutôt osé qui débouche sur un film qui n’est pas à mettre entre les mains de tout le monde : si on n’aime pas le jargon politique, les débats sans fin, les punchlines qui fusent pour déstabiliser le parti adverse, ou encore les stratégies de lobbying, on risque clairement de passer à côté du récit. Il y a un petit côté Sorkin dans ce script qui n’hésite pas à aller à fond dans le flux presque ininterrompu de dialogues, mais avec à côté l’humanisme spielbergien habituel, ici représenté par le trauma de Lincoln avec son fils décédé, ou quelques à côtés comme la storyline de Joseph Gordon-Levitt ou celle de Tommy Lee Jones.

Formellement, c’est à la fois un film très appliqué (super travail de montage sur certaines séquences, et superbe photographie), mais aussi un peu trop sage à mon goût : on sent que Spielberg est en mode académique, de la même façon qu’il l’avait été sur Amistad. Plus que pour sa mise en scène, le film vaut surtout pour son casting quatre étoiles où tout le monde est bon, jusque dans les troisièmes rôles où on remarque plein de têtes désormais connues (j’avais complètement zappé que Adam Driver jouait dans ce film !). Une revision salutaire pour un Spielberg pas désagréable à regarder, mais à ranger tout de même dans les films mineurs du réal.


6,5/10
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar maltese » Jeu 25 Nov 2021, 16:45

Cool que tu lui aies redonné sa chance :super:
Je te trouve tout de même un peu sévère quand tu dis que le film est à ranger parmi les œuvres mineures de Spielberg. C'est un peu atypique pour du Spielberg peut-être, mais je trouve l'angle choisi passionnant, et pour comparer avec ses autres films "bavards", je le trouve supérieur à The Post et largement au-dessus d'Amistad.
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar Alegas » Jeu 25 Nov 2021, 16:57

Ah bah tu vois je préfère largement The Post de mon côté.

Lincoln, ça reste à mes yeux, avec The BFG, le moins bon Spielberg de la décennie passée. C'est un film qui transpire la maîtrise sur bien des points, mais ça reste quand même bien fainéant pour du Spielberg.
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar maltese » Jeu 25 Nov 2021, 17:18

"Fainéant", comme tu y vas :mrgreen: on peut trouver ça trop appliqué ou trop sérieux, peut-être, mais le boulot derrière est énorme pour rendre dynamiques et prenants ces jeux politiques, et ce sans Sorkin au scénario :chut: et je comprends qu'on n'adhère pas, mais il y a une manière de réfléchir et de jouer avec le personnage Lincoln que je trouve intéressante.

Dans The Post, je bloque tout de même sur le "traitement" du personnage de Nixon, traitement que je trouve assez grossier pour le coup... mais il faudrait aussi que je le retente à l'occasion celui-là.
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar Alegas » Jeu 25 Nov 2021, 18:15

Je suis pas certain de comprendre ton smiley derrière le nom de Sorkin. :mrgreen:
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar maltese » Jeu 25 Nov 2021, 18:22

Je voulais mettre le smiley qui rigole à la base, j'ai tapé à côté :chut:
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Re: [Alegas] Mes Critiques en 2021

Messagepar lvri » Jeu 25 Nov 2021, 18:28

Je rejoints Maltese, c'est cool d'avoir redonné une chance à ce film. Perso, j'en garde un très bon souvenir :super:
Après, est-ce qu'il est à ranger dans les films mineures du réalisateur, je sais pas... Mais vu la filmo du gars, c'est loin d'être péjoratif en soit. Ça restera une affaire de goût je pense.
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Tokyo ! - 6,5/10

Messagepar Alegas » Ven 26 Nov 2021, 15:16

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Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax & Bong Joon-ho
(2008)


Un film à sketches dont j’ai longtemps retardé la vision, sans trop savoir pourquoi, mais au final ce n’est pas plus mal car ça m’a permis entre-temps de découvrir le cinéma de Leos Carax. Alors forcément, qui dit film à sketches dit film inégal, c’est une habitude avec ce genre de projet, et ce Tokyo ! ne fait pas exception. On commence d’abord par le segment signé Michel Gondry qui se révèle assez vite prometteur, notamment par sa volonté de mettre en image un mal-être qui est celui de commencer dans la vie active et de ne pas trouver un habitat correct pour se sentir bien. Gondry emballe ça plutôt bien et en posant bien sa patte (la transformation en chaise, dans la façon dont c’est foutu, c’est typiquement Gondry), mais le problème est qu’il y a un côté tout ça pour ça à la fin, ça manque d’une conclusion forte pour marquer durablement.

Vient ensuite le segment de Carax qui est clairement le plus faible du métrage. Alors déjà que ce court-métrage donne l’impression de ne jamais exploiter la ville à laquelle le film est dédié pose forcément problème (sérieux, ça pourrait se passer dans n’importe quelle ville, ça ne changerait rien), mais il y a aussi la désagréable impression que Carax a saisi l’opportunité pour faire son truc à lui plutôt que de se plier aux règles de l’exercice (chose qu’il concède volontiers en interview). Du coup, ça donne un segment dont on peine à saisir la pertinence, qui tire trop en longueur pour ce qu’il raconte (le procès avec les traductions successives, une horreur à subir :evil: ), parfois moche (l’attentat provoqué par Lavant) et qui ne vaut que pour son final énigmatique.

Heureusement, le meilleur est gardé pour la fin, et Bong Joon-ho nous lave les yeux et le cerveau avec un segment quasiment aussi réussi que les longs-métrages du bonhomme. Déjà, c’est formellement léché comme souvent chez le réalisateur coréen, mais il y a aussi une vraie pertinence dans le propos traité qui colle très bien avec Tokyo et le peuple japonais en général, puisqu’il y est question de l’isolement que l’on se crée alors que, paradoxalement, rarement une ville n’aura été aussi peuplée. Le court est ponctué de bonnes idées et de petits moments de grâce qui font que c’est le film qu’on retient le plus des trois. Au final, Tokyo ! est exactement ce qu’on peut espérer d’un tel film : il y a de la force de proposition, mais forcément elles ne se valent pas toutes.


6,5/10
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